Je suis Fassbinder, texte de Falk Richter, traduction de Anne Monfort, mise en scène de Stanislas Nordey et Falk Richter

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

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Je suis Fassbinder, texte de Falk Richter, traduction de Anne Monfort, mise en scène de Stanislas Nordey et Falk Richter

 Comme en écho à l’appel identitaire – « Je suis Charlie » – des manifestations qui suivirent les attentats de janvier 2015 à Paris dans les locaux de Charlie-Hebdo, résonne aujourd’hui sur la scène du Théâtre National de Strasbourg, « Je suis Fassbinder ». La pièce laboratoire de l’allemand Falk Richter a été écrite au jour le jour et sur le vif de répétitions qu’a menées sur le fil du rasoir le concepteur scénique et directeur du Théâtre National de Strasbourg, Stanislas Nordey, engagé dans le rayonnement d’une mise en scène élaborée, en compagnonnage serré avec l’auteur. La résonance est immédiate avec les événements terroristes et leurs menaces diffuses qui nous questionnent tous – les attentats d’envergure en Europe, après ceux des Etats-Unis – et les courants migratoires en cours – les populations déplacées de migrants dépossédés qui fuient l’oppression de régimes politiques tyranniques et fanatiques du Moyen Orient et d’Afrique. La performance théâtrale propose une plongée symbolique et esthétique dans l’art de l’allemand Rainer Fassbinder (1945-1982) – à la fois, cinéaste et metteur en scène de théâtre de l’Allemagne terroriste de la Bande à Baader-Meinhof – qui a su en son temps poser des problèmes subversifs : terrorisme, xénophobie, homophobie, antisémitisme, violence faite aux femmes jusque dans le mariage codifié.

À partir de l’analyse de l’Allemagne postfasciste faite par Fassbinder en 1977, Je suis Fassbinder de Richter évoque les nouveaux courants d’extrême-droite qui se développent partout en Europe, avec une vision rétrograde de la famille et une place réductrice assignée à la femme, un point de vue plutôt dépassé enfin en Allemagne. Le léger décalage – historique et culturel – entre l’Allemagne et la France, instaure une distanciation brechtienne judicieuse qui facilite le sens d’une adhésion raisonnée aux courants démocrates quels qu’ils soient, d’un pays à l’autre.

L’Europe confuse est actuellement précipitée dans les mains de nouveaux dirigeants antidémocrates, en Allemagne comme en France, et « la Pologne n’est déjà plus une démocratie, la Hongrie devient un régime de plus en plus fasciste, la Russie est redevenue avec Poutine une dictature guerrière où les artistes et les journalistes qui critiquent le régime sont poursuivis, emprisonnés, tués. » Sont évoqués les événements de Cologne, les trois viols commis par des migrants du Proche Orient.

Des images extraites des films de Fassbinder défilent sur trois écrans suspendus, L’année des treize lunes, La troisième génération, Le droit du plus fort, L’Allemagne en automne … Les relations existentielles sont répertoriées : l’homme avec l’amant ou bien l’amante, avec l’épouse, avec la mère. La mère de Fassbinder est présente, une figure fascisante en pleine Allemagne terroriste, exprimant ce que pense la majorité des Allemands en 1977 : « il doit arriver au pouvoir un dirigeant autoritaire et gentil, un souhait comparable à ceux de Marine Le Pen, Viktor Orban, Jaroslaw Kaczynski, « pour débarrasser les pays des réfugiés, des étrangers, des musulmans… sans guerre, sans que l’Europe se retrouve encore en cendres. »

Sur le plateau laboratoire de la scène enthousiaste – un remake des décors scénographiques des films de Fassbinder, ainsi les tapis de laine blanc-cassé de l’appartement des Larmes amères de Petra von Kant, et les photos glamour des magazines de mode, de musique et de cinéma des années 70, accrochées çà et là et jonchant le sol, un plateau encore significatif avec ses marches d’escaliers d’intérieur moderne et ses larges canapés. Les scènes des uns sont filmées par les autres, des reprises de séances de répétition d’acteurs – un dégradé chatoyant de théâtre dans le théâtre, une mise en abyme à plusieurs degrés. Le collectif de comédiens est pour l’occasion, surarmé de talents et de belles qualités scéniques.

Thomas Gonzalez est un fieffé histrion et bon chanteur ; la gracieuse Éloïse Mignon pose avec tact les questions ; Laurent Sauvage qui joue naturellement la mère de Fassbinder est un interprète authentiquement sincère ; Judith Henry est une Europe radieuse, malgré les réserves de l’allégorie, et Nordey joue le maestro avec brio.

Un théâtre qui, au-delà de raccourcis simplificateurs, accapare à bon escient et dans un ample souffle, dévastateur et vivifiant, l’attention inquiète des jeunes générations.

Véronique Hotte

Théâtre National de Strasbourg, du 4 au 19 mars

MC2 Grenoble, du 24 mars au 2 avril

Théâtre National de Rennes, du 15 au 20 avril

Théâtre Vidy-Lausanne, du 26 avril au 4 mai

La Colline à Paris, du 10 mai au 4 juin.

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Une réflexion sur “Je suis Fassbinder, texte de Falk Richter, traduction de Anne Monfort, mise en scène de Stanislas Nordey et Falk Richter

  1. Stupide pièce. Théâtre imbécile. Mensonger et grossier. Les acteurs sont bons c’est tout. Vision fermée et unilatérale de notre monde. L’autisme vaguement gauche caviar de Falk Richter et de Stanislas Nordey est effrayant. Pièce parfois qui plus est méchante gratuitement ennuyeuse. Enfin presque tout ce qu’il ne faut pas faire. Didactique on se demande si parfois les deux compagnons ne nous prennent pas pour des cons. Mon humble avis.

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