Zaïre de Voltaire, Édition de Pierre Frantz, Éditions Gallimard, Folio Théâtre N°166

Zaïre de Voltaire Édition de Pierre Frantz, Éditions Gallimard, Folio Théâtre N°166 / 6,50 € / 256 p

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En transportant son lecteur en Palestine, à l’époque descroisades, Voltaire écrit une des tragédies les plus touchantes du XVIII é siècle, sur la passion qui unit Orosmane, le sultan tout-puissant qui règne sur le royaume de Jérusalem et la captive du sérail, l’esclave Zaïre : d’un côté, le musulman et de l’autre, la chrétienne. Mais ce contraste s’efface dans les vertus de l’amour – « une passion réciproque à la force transgressive, selon une sorte de dialectique du dépouillement ». Zaïre, peu intéressée par le pouvoir et l’apparence, confie à son amie : « Mon cœur aime Orosmane, et non son diadème ; / Chère Fatime, en lui je n’aime que lui-même. »       

À travers Zaïre, commente Pierre Frantz, Voltaire tend à faire contraster « les mœurs des Mahométans et celles des Chrétiens », selon les mots mêmes du dramaturge. Comme Galland ou Montesquieu, entre autres intellectuels prestigieux, Voltaire était en son siècle attiré par l’Orient – la Perse, la Turquie, la Syrie, la Palestine. Or, Zadig, l’Essai sur les mœurs et Mahomet témoignent de points de vue différents.

Zaïre s’oppose, d’une certaine manière, aux stéréotypes orientaux les plus fréquents, en montrant comment le soudan (sultan) de Jérusalem ne s’y conforme pas. Le sérail suggère plutôt des images de luxure, mais le soudan est fidèle et vertueux. Il refuse la polygamie, éloigne les eunuques, ouvre le sérail et traite avec respect celle qu’il aime. Voltaire fait de cet Orosmane – ni despote oriental, ni tyran invincible, mais « Turc généreux » – une victime de sa passion et surtout du fanatisme chrétien.

Le coup d’audace de Voltaire, raconte Pierre Frantz, est d’avoir opposé à l’Orient les croisés français et d’avoir ouvert des voies de renouvellement des sujets tragiques, ainsi « faire paraître, pour la première fois, des Français sur la scène tragique ».       On a souvent rapproché l’Oriental Orosmane du More shakespearien de Venise, héros éponyme de Othello, une source non revendiquée par Voltaire, alors que Hamlet pourrait se dessiner encore pour inspiration shakespearienne, à travers la figure spectrale du père qui revient d’entre les morts, le père de Hamlet, comme le père de Zaïre prisonnier longtemps, Lusignan – une voix déchirante et peut-être trompeuse qui finalement condamne les deux jeunes héros à une mort tragique.

Le commentateur ajoute : « Au-delà de l’histoire d’amour, le tragique est au creux de cette tension entre la poésie d’un monde révolu, d’un théâtre d’illusions fanatiques, porteuses de mort, et les espoirs d’une rationalité moderne, profondément humaine.» En fait, le théâtre de Voltaire met en scène et en situation des idées et des images qui questionnent l’intrication de la religion – les lois de l’Église – et du politique – les préjugés nobiliaires -, ou bien de la foi religieuse et des passions de toutes sortes, « celles que réprime l’Église et celles qu’elle dissimule ».

Le drame oppose les sentiments universels aux lois relatives des hommes – la société et la religion. Zaïre réfléchit sur la confrontation du monde islamique et du monde chrétien, installant « en face du pouvoir et de la religion la simple humanité. »

 Véronique Hotte

Zaïre de Voltaire, Édition de Pierre Frantz, Éditions Gallimard, Folio Théâtre N°166 / 6,50 € / 256 p

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