Cuando vuelva a casa voy a ser otro, texte et mise en scène de Mariano Pensotti – spectacle en espagnol sur-titré.

Crédit photo : Beniamin Boar

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Cuando vuelva a casa voy a ser otro, texte et mise en scène de Mariano Pensotti – spectacle en espagnol sur-titré.

 Le passé ne peut ni se saisir ni se rattraper, variable et fuyant à l’infini ; à chaque fois qu’on tente de se l’approprier, il se rétracte et n’est plus accessible. Révélateur de ce temps qui passe pour ne jamais plus revenir, le tapis roulant plutôt comique du dispositif scénographique de Mariana Tirantte, installé de jardin à cour sur le plateau de Cuando vuelva a casa voy a ser otro (Quand je rentrerai à la maison je serai un autre), qui offre un spectacle pétillant et facétieux de l’auteur et metteur en scène Mariano Pensotti. Les comédiens – Santiago Gobernori, Andrea Nussembaum, Mauricio Minetti, Agustin Rittano et Julieta Vallina -, des natures joyeuses et enthousiastes, défilent sous les yeux du public amusé par ce travelling cinématographique impromptu, du théâtre animé fait d’apparitions et de disparitions.Et pourtant, le cadre initial de ces quatre vies répertoriées – un père, son fils, une chanteuse de rock et un militant de gauche, les derniers étant des quarantenaires – prend sa source à l’intérieur de la dictature militaire argentine, en 1976. Le père redécouvre quarante ans après les avoir enfouis dans le jardin parental, des trésors de guerre, des documents politiques compromettants, cachés pour sa survie d’opposant politique. Or, la vie et les jours irréversibles nous échappent : « Nous sommes tous faits de récits, nous sommes ce que nous racontons de nous-mêmes. » Qu’est devenu le combat du père dans ce présent amoindri et assoupi ?

Le fils tente de ressaisir cet esprit subversif qui œuvrait dans le risque pour changer le monde et initier des aventures nouvelles et régénératrices, politiques et sociales. Le présent désenchanté et sans risques s’annonce décevant, sans idéal collectif ou même individuel : l’héritier de cette histoire fondatrice a lui-même connu un certain succès avec El Rio, un spectacle qu’il a écrit et mis en scène, voici quinze ans déjà. Depuis, il travaille pour des campagnes électorales et des partis approximativement de gauche. Il utilise dans ces aventures commerciales une chanson retrouvée dans le sac politique paternel, dont l’origine est perdue. La chanteuse de rock reconnaît dans cet air une composition de son père disparu, et rencontre le compagnon de route du défunt. Quant au dernier militant de gauche, il a renoncé à la politique, et en quête désœuvrée de lui-même, il a usurpé l’identité de l’auteur de El Rio.

La réflexion de Mariano Pensotti s’attache à cette reconnaissance identitaire et à la figure du double qui serait un autre soi-même à traquer et à retrouver pour exister.

La scène accumule des éléments d’arts visuels et de cinéma, des techniques narratives du roman, des restes légendaires muséaux – du Musée Archéologique de Patagonie disparu que l’auteur a visité dans son enfance -, à travers les images vidéo, les musiques rock, les vignettes éclairées commentant les scènes successives de la pièce, les parades enfantines de petits objets de collectionneurs obsessionnels et facétieux, et les acteurs toniques enfin qui changent d’aspect en tourbillonnant, jusqu’à incarner des figures de travestis paraguayens chantant les Beatles. L’interrogation esthétique et philosophique se fait ici le lieu juste du théâtre.

Véronique Hotte

MAC Créteil Maison des Arts, du 10 au 13 février. Tél : 01 45 13 19 19

Nanterre-Amandiers, du 17 au 20 février

La Filature, les 25 et 26 février

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