Réparer les vivants de Maylis de Kerangal (Folio Gallimard), mise en scène de Sylvain Maurice

Crédit Photo : Elisabeth Carecchio

2015 juin Theatre de Sartrouville"Réparer les Vivants"  d’après le roman de MAYLIS DE KERANGALversion scénique et mise en scène SYLVAIN MAURICE

2015 juin Theatre de Sartrouville « Réparer les Vivants » d’après le roman de MAYLIS DE KERANGALversion scénique et mise en scène SYLVAIN MAURICE avec Vincent Dissez, Joachim Latarjet assistanat à la mise en scène Nicolas Laurent scénographie Éric Soyer costumes Marie La Rocca composition originale Joachim Latarjet lumière Éric Soyer en collaboration avec Gwendal Malard

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal, (Gallimard – Folio) mise en scène de Sylvain Maurice 

La mort est ce par quoi se termine la vie, autrement dit, est mort celui qui a cessé de vivre : la dépouille mortelle de l’être, son cadavre, son corps, ses restes. Celui qui ne vit plus, le défunt, existe pourtant dans l’au-delà ou dans la mémoire des hommes. La partie durable du cadavre, le squelette, et surtout le crâne, abri de la pensée, signifient dans la plupart des civilisations la mort violente, le danger mortel.

Plus qu’un muscle anatomique, le cœur, en échange, livre ses battements perceptibles en divers points du corps – signe essentiel de la vie. L’organe capte la source des émotions ou des décisions, il est le siège des qualités – sensibilité affective, passions et volonté – où le mystère de la personne survit secrètement.

Dans le roman véloce et efficace Réparer les vivants de Maylis de Kerangal sur la mort brutale d’un jeune homme et l’art de l’urgence d’une transplantation cardiaque, adapté et mis en scène avec tact par Sylvain Maurice, Thomas Rémige, l’infirmier coordonnateur des prélèvements, procède au rituel funéraire de la « belle mort » sur la personne de Simon Limbres, tué accidentellement à dix-neuf ans. Après les prélèvements d’organes effectués sur la dépouille dans le champ de bataille du bloc opératoire de l’hôpital, l’infirmier, un ange accompagnateur, lave le défunt, le recoiffe, l’enveloppe dans un drap immaculé, corps devenu objet de soins, de contemplation et de déploration pour les parents et les proches, en vue d’un dernier hommage. L’ange chante sa musique lyrique pour le combattant héroïque des flots et des vagues marines, familier de surfs guerriers dans la splendeur de sa jeunesse.

Sur le tapis roulant du cadre de sécurité obligé pour un passager d’aéroport – scénographie et lumières d’Éric Soyer -, le comédien Vincent Dissez fait don absolu au théâtre de son corps et de sa parole – une présence palpitante, s’emparant de tous les rôles du drame, le père, la mère, le médecin, l’infirmier, les chirurgiens, s’engouffrant dans l’ombre du tapis roulant, avançant ou reculant, dansant comme un elfe, s’arrêtant encore pour faire réflexion et pause bienfaisantes – tapis stoppé. Flashes sonores surgissant sous les pleines lumières, la musique de Joachim Latarjet donne son tempo, une aventure heurtée aux accents jazzés et pop rythme.

Le récit est ponctué des interventions de tous les protagonistes, et la randonnée théâtrale suit ses pics et ses gouffres, ses montées de difficultés et ses descentes précipitées jusqu’aux haltes forcées où reprendre enfin son souffle fait du bien.

La danse à la fois improvisée et contrôlée du comédien sportif raconte l’entre-deux éphémère des vivants et des morts, ce passage si douloureux pour ceux qui restent. Entre ambivalences et oppositions, le cœur est associé à la fois à la vulnérabilité mais aussi à la résistance et au courage, le sanctuaire des intentions secrètes : ce dont fait preuve exactement la performance de l’acteur – l’élan d’un corps retrouvé.

Or, l’angoisse devant la mort des autres et de l’être cher procède de la perte de leur présence, ce courant affectif du « disparu » que rien ne pourra jamais remplacer.

Mais à côté de la vitalité des souvenirs, se déploie la force revigorante des réparés.

Un bel éloge des solidarités humaines associées aux techniques médicales pointues.

Véronique Hotte

Théâtre Sartrouville Yvelines – CDN, du 4 au 19 février. Tél : 01 30 86 77 99

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