Les Époux de David Lescot, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois

Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage

LES EPOUX -

LES EPOUX – de David LESCOT – Mise en scéne par Anne Laure LIEGEOIS – Compagnie : LE FESTIN – Scenographie : – Lumière : Dominique BORRINI – Costumes : – Musique : – Avec : Olivier DUTILLOY – Agnés PONTIER – Lieu : Comedie Francaise Studio Theatre – Ville : Le Havre – Le 24 11 2014 – Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Les Époux de David Lescot, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois

 Lui et elle se tiennent debout derrière leur micro sur pied, se préparent à une fête populaire de jeunesse, vêtus selon la mode folklorique roumaine, alternance de rouge et de blanc, couronne de fleurs pour la femme, et chapeau à la valaque pour l’homme.

Tous deux, sur la ligne de départ, piétinent, se retiennent et brident leur énergie, comme s’ils se préparaient à une épreuve d’athlétisme – des personnages de théâtre sur la scène certes, clownesques et bouffons, mais aussi deux beaux comédiens ironiques, persuasifs et facétieux qui interprètent de drôles d’individus. Ils incarnent Elena et Nicolae Ceaucescu – le texte de David Lescot, Les Époux, est précis, percutant et plein de prouesse -, des partenaires dont on reconnaît les caractéristiques et dont on verra plus tard les images sur les documents vidéo d’époque.

Le sourire du spectateur amusé se dessine : Olivier Dutilloy est plus grand que ne l’était le Conducator, et la malicieuse Agnès Ponthier plus petite que l’épouse diabolique ; la force du théâtre est de suggérer et va du particulier à l’universel. Le couple allègre au départ – jeunes, ils ont adhéré au parti communiste -, se révèle vite infernal : les jeunes gens sont originaires de la Valachie rurale, région méridionale de Roumanie. L’un et l’autre sont issus de milieux modestes – fratrie nombreuse, alcoolisme et pauvreté. Ils prendront leur revanche sur cette non-reconnaissance sociale, avant de finir tragiquement lors d’un procès tronqué que les télévisions du monde entier se feront un plaisir de faire circuler sur le petit écran.

Les acteurs sont d’abord narrateurs, puis abandonnent le micro sur pied pour jouer librement Les Époux – façon pieds-nickelés-, se déshabillant et se rhabillant, selon les situations : cérémonies officielles, discours, réception du Général de Gaulle et de son épouse, celle du couple Nixon. Un avion passe dans le ciel, sur les murs blancs de la boîte scénographique, la chambre claire créée par la metteuse en scène Anne-Laure Liégeois. Les trois murs unis de l’espace figurent en même temps le dénuement de la salle de classe finale où la tragédie sera accomplie. On voit sur l’écran – réalisation vidéo de Grégory Hiétin – les parades communistes coréennes, une mer de ballets colorés avec ses vagues vivantes animées par les foules synchro.

Passent également l’enterrement de Gheorghe-Gheorghiu-Dej, le couronnement du Conducator, le discours pour la non-intervention en Tchécoslovaquie, la chambre conjugale dans le palais et la fin imminente du tyran hué en décembre 1989.

On aura assisté à la naissance des trois enfants qui sont balancés contre les murs, des bébés baigneurs en plastique : la mère – un rappel scénique de Lady Macbeth dans Macbeth – fracasserait la tête de ses enfants plutôt que d’abandonner son projet, c’est-à-dire aider son mari à parvenir au faîte du pouvoir.

Les spectateurs assistent à la montée de ces deux tyrans, s’installant politiquement en écartant leurs rivaux – lui, un peu sot, bégaie, puis ne bégaie plus, et elle, calculatrice, manipule à la fois l’homme de pouvoir et son bonhomme à elle.

Défile à l’esprit du spectateur la mythologie des carrières fulgurantes de Mussolini, Franco, Hitler en Europe, Staline en Union Soviétique, Mao Zedong en Chine, Péron et Vargas en Amérique latine, Sékou Touré ou Idi Amin Dada en Afrique, et de nombreux autres, sans oublier les dictateurs de nos temps de violences.

Ces dictateurs – anciens et nouveaux – sont l’incarnation vivante d’une volonté de puissance sacralisée : des faux dieux asservissant les masses dans la prétention de les guider et dominer le chaos. Fascismes, communismes, totalitarismes –selon historiens et sociologues- correspondraient dans l’ordre du politique, à une explosion de religions matérielles nouvelles, « modernes », « profanes » et « séculières ».

« Tout le monde est capable de n’importe quoi… » (Aldous Huxley Temps futurs)

La fascination pour ces tyrans ne s’épuise pas et cette comédie noire, tragédie d’opérette au goût âcre, dénonce la violence comme loi du monde en des temps de ténèbres. Un spectacle vif qui souffle un vent d’humour, de doute et d’inquiétude.

Véronique Hotte

Théâtre 71, Scène nationale de Malakoff, du 2 au 6 février. Tél : 01 55 48 91 00

L’Apostrophe, Scène nationale de Cergy-Pontoise, les 25 et 26 mai. Tél : 01 34 20 14 14

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s