De mes propres mains, de Pascal Rambert, texte et mise en scène de l’auteur (Editions Les Solitaires Intempestifs)

Crédit Photo : Marc Domage

dmpm_1_copyright_marc_domageDe mes propres mains, de Pascal Rambert, texte et mise en scène de l’auteur (Editions Les Solitaires Intempestifs)

Pascal Rambert – auteur et metteur en scène – écrit en 1992 De mes propres mains pour Éric Doye, arpentant le vide en marchant sur les toits de la Faculté de Dijon. Suit en 1993 une deuxième version pour un autre comédien, Charles Berling, dans un costume coloré et extravagant. Une troisième version voit encore le jour en 2007 pour l’actrice et performeuse américaine Kate Moran qui surgissait de l’ombre.

Depuis sa première création, la performance a voyagé – d’un comédien à l’autre – en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. C’est au tour d’un autre acteur et metteur en scène, Arthur Nauzyciel, de porter cette parole de violence et de souffrance, de destruction et de mort, folle envolée meurtrière, fortement revendiquée et assumée. Le narrateur et personnage étrange de ce discours fictivement autobiographique – De mes propres mains – voue un culte ouvert et quelque peu complaisant à l’idée de meurtre, de mise à mort, un concept comme réfléchi et prémédité, dans un décor abstrait d’urgence, de précipitation d’actes successifs, enchevêtrés et bousculés.

Surgit en vrac un magma d’images et de récurrences esquissées, une toile colorée et embrouillée à l’intensité rayonnante – modernité radicale, intuitive et percutante.

Appeler M. l’aimé- pense-t-on, échanger quelques mots avec la crémière, avec le boucher, évoquer répétitivement Hans, et le père, et le père du père, une vie ultime au souffle heurté et à l’existence coupée, entre le désir de fuir, dans les rues d’une ville en flammes, un confort mensonger et le désir de tuer le monde puis se tuer soi.

Arthur Nauzyciel, planté sur ses deux jambes légèrement écartées, le buste droit et la tête à la fois haute et perdue dans des pensées et croyances entêtées, fait allusion dans son discours scénique à une musique mortifère lancinante où il serait chien. Devenu Cerbère – souvenir mythique négatif -, animal à la fois sauvage et humanisé, il aboie et ne se calme pas, s’acharnant à dévorer voracement ce qui tombe sous ses crocs – verbe, corps et restes. Chien, il est aussi sorcier impur, assassin, idolâtre, pourceau qui se plaît à faire le mal sans considérer ni l’autre ni l’univers.

Le public ébahi écoute l’acharnement de cette parole emportée et irréversible.

Une performance engagée et sentie depuis les tréfonds du corps et de l’âme, métaphore de tous les comportements meurtriers en travail, passés et présents.

Véronique Hotte

T2G, Théâtre de Gennevilliers, 22-30 janvier.

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