Les Derniers Jours de l’humanité de Karl Kraus, traduction Jean-Louis Besson et Heinz Schwarzinger, conception et mise en scène de David Lescot

Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage

Les Derniers Jours de l'humanité (c) Christophe Raynaud de Lage, coll.CF_0255

Les Derniers Jours de l’humanité – de Karl Kraus – Conception et mise en scène : David Lescot – Traduction : Jean-Louis Besson et Heinz Schwarzinger – Scénographie : Alwyne de Dardel – Costumes : Sylvette Dequest – Lumières : Laïs Foulc – Conseiller artistique aux images d’archives : Laurent Véray – Collaboratrice à la mise en scène : Charlotte Lagrange – Assistante aux costumes : Magali Perrin-Toinin – Avec: Sylvia Bergé – Bruno Raffaelli –   Denis Podalydès –   Pauline Clément – Pianiste : Damien Lehman Lieu : Théâtre du Vieux Colombier – Ville : Paris – Le 17 01 2016 – Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Les Derniers Jours de l’humanité de Karl Kraus, traduction Jean-Louis Besson et Heinz Schwarzinger, conception et mise en scène de David Lescot

 Satiriste et polémiste, l’écrivain viennois Karl Kraus (1874-1936) s’exprime dans la revue Die Fackel (La Torche) dont il est l’auteur et directeur. Pacifiste, il publie en décembre 1914 une conférence, « Dans cette grande époque », titre ironique où il explique son engagement : « Dénoncer, sans aucune concession à la propagande patriotique, le point de vue supérieur de la vérité et de l’humanité contre la guerre. » (Jacques Le Rider).

Verve corrosive et puissance caricaturale, les officiers et responsables répondent à l’art du croquis et de la caricature, de la farce satirique et de la parodie.

Grâce au corpus d’images d’archives réalisé par Laurent Véray, historien du cinéma et documentariste, spécialiste de la Première Guerre mondiale et de ses images cinématographiques, le public découvre la ville de Vienne – son caractère national autrichien – et celle de Berlin – une mentalité autre -, des différences qui seront rasées dans un même patriotisme sanguinaire. On perçoit encore les foules urbaines, les casernes, le cantonnement de la ligne de front et ses tranchées dans lesquelles circulent les soldats, les hôpitaux militaires enfin – blessés et infirmières.

Et sur le plateau, quatre comédiens d’envergure, Sylvia Bergé, Bruno Raffaelli, Denis Podalydès et Pauline Clément. Transformé, déguisé, fanfaron apparu sous des atours d’époque puis disparaissant dans la nuit, jouant le badaud ou bien la bourgeoise, Denis Podalydès reprend à son compte la parole de l’auteur, annonçant les actes qui correspondent à la chronologie des années de guerre. Il assume deux rôles récurrents et simultanés, l’Optimiste – le type de l’Autrichien patriote – et le Râleur – plutôt l’auteur lui-même. L’acteur polymorphe, avant d’aller boire un verre au café viennois, serre la main à ses camarades, des amis aux noms polyethniques – tchèque, polonais, hongrois, croates, juifs de l’Est…

Sylvia Bergé et Bruno Raffaelli, qui chantent aussi avec talent, interprètent avec gourmandise les rôles de l’Abonné et du Patriote, sortes d’imbéciles heureux, toujours ravis des privations à l’arrière, du moment qu’eux-mêmes en sont préservés. Le public admire la rue et ses boutiques aux enseignes desquelles on retire les annonces en langue anglaise et française, ses commerçants profiteurs et hargneux, ses slogans de guerre, ses discours politiques, ses sermons religieux. On surprend même le passage d’un sous-marin et de ses marins. Pauline Clément joue à merveille la reporter de guerre, interviewant les officiers et s’essayant à l’exercice pratique du lancer de canon – dernière nouveauté technique du moment. Elle incarne aussi une femme de soldat relisant sa lettre adressée à ce dernier : étonnée de le savoir toujours vivant, elle qui avait pourtant refait sa vie, elle lui dit l’aimer encore. Malhonnêteté et bêtise, les comédiens jouent avec humour de leur voix déclamatoire, de leurs accents et intonations aguerris, une petite musique de guerre. Entre chansons populaires de Théodore Botrel et œuvres de Berg, Schönberg, Weber …, Damien Lehman accompagne au piano la représentation.

La guerre est absurde – on ne le sait jamais assez – et les hommes peu éclairés sont des bouffons : une vision amère qui résonne forcément avec nos temps bousculés.

Véronique Hotte

Vieux-Colombier de la Comédie-Française, du 27 janvier au 28 février. Tél : 01 44 39 87 00/01

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