La Boucherie de Job, écrit et mis en scène par Fausto Paravidino – spectacle en italien surtitré

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La Boucherie de Job, écrit et mis en scène par Fausto Paravidino – spectacle en italien surtitré

 Job sur son tas de fumier représente la déploration du Fils brimé devant le Père cruel. À la suite d’un pari entre Dieu et Satan, Job, un riche semi-nomade, se voit dépouillé de tous ses biens – troupeaux et enfants -; seule, sa femme l’accompagne, mais atteint d’une maladie contagieuse, il est isolé sur une décharge – le fumier.

Job souffre ; donc il serait coupable puisque Dieu est juste ; mais Job se sait innocent, donc Dieu serait injuste ; l’antinomie ne se dénoue que par l’appel au Mystère et dans le silence de l’Illumination. Job incarne une figure de la misère humaine, entre le refus et la passivité, entre la patience et la révolte. Le mythe évoque la teneur existentielle de la vie – nos fureurs, nos terreurs, nos désirs – : « L’air est plein de nos cris », note le clairvoyant Beckett dans En attendant Godot.

Or, Dieu nous laisse « tomber », comme les figures post-modernes qui maudissent leur naissance et médisent d’un créateur si peu garant de leur bonheur.

Job se résout au silence, adorateur devant son Dieu. Il préfigure le Christ de l’agonie.

Pour Fausto Paravidano, auteur, metteur en scène et interprète du rôle titre de La Boucherie de Job, le mystère de l’iniquité est incarné par Job, le plus grand clown de tous les temps (Beckett, Alfred Simon -1983). Un point de vue assumé dans le recul dérisoire par l’artiste italien et sa troupe du Teatro Valle à Rome, occupé contre les autorités trois ans durant (2011-2014), en dépit de l’arrêt net des subventions accordées, pour l’expérimentation de nouvelles pratiques et politiques artistiques.

Fausto Paravidano prend appui sur une forme épique animée avec bonne humeur et dans l’humour – couleurs, mouvements et chorégraphie – et interprétée par des comédiens de talent, danseurs et clowns, pour interroger l’histoire du libéralisme économique et du capitalisme financier. La parabole est requise pour mieux démythifier la prétendue rationalité de notre système monétaire et financier, fondé sur la spéculation hors de toute confiance. Le Mal est ici nommé, à travers le fils de Job parti en Amérique pour étudier l’économie et ses règles, et qui revient pour « sauver » fallacieusement et faire plutôt sombrer la boucherie paternelle, en la livrant à la toute-puissance de la Banque, selon les lois sacralisées de la finance.

Entre les différents épisodes, intervient un duo de clowns – chœur comique et dérisoire – qui commente l’action puis la soutient en devenant acteur à part entière.

Humour, ironie, satire, constats sarcastiques, la représentation file comme un rêve vivant à connotations cauchemardesques – émotion et rire mêlés – : les nouveaux riches accumulent, les pauvres vivent la misère des bas-fonds et de l’exclusion.

Un art jovial et bonhomme entre allusions humoristiques et dégradation des faux repères, jouant de manière facétieuse avec le recul d’une analyse ludique.

Comptoir de boucher, morceaux de viande sanguinolente à vue, sculpture animale suspendue dans les hauteurs, crucifixion et descente de la croix, canapé bourgeois pour l’intérieur familial, relations SM entre le fils financier et sa collaboratrice cynique vêtue de cuir – des partenaires d’un enrichissement mutuel contre le bien de tous ; quête vindicative de l’amant sauveur et essoufflé pour la fille malade, et tente SDF.

Les hommes sont désespérément faillibles, et pourtant, profondément humains. À ces combattants résistants de reprendre le flambeau et décider des choix plutôt que de se laisser guider par d’aucuns qui ne visent que profit et âpreté égoïstes au gain.

Un joli moment de théâtre amusé, entre éclats sombres et ouvertures sur la lumière.

Véronique Hotte

La Commune – Aubervilliers CDN, du 15 au 23 janvier. Tél : 01 48 33 16 16

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