Maladie de la jeunesse de Ferdinand Bruckner, traduction de Henri Christophe et Alexandre Plank (Théâtrales/ Maison Antoine Vitez), mise en scène de Philippe Baronnet

Crédit photo : Olivier Allard

Portrait : Olivier ALLARD ©

Maladie de la jeunesse de Ferdinand Bruckner, traduction de Henri Christophe et Alexandre Plank (Théâtrales/ Maison Antoine Vitez), mise en scène de Philippe Baronnet

Depuis la vogue de suicides dues à la lecture des Souffrances du jeune Werther (1774) de Goethe, la célébration des existences brèves se poursuit à travers Le Chatterton (1835) de Vigny et le Prince de Hombourg de Kleist. Dès 1830, l’époque romantique met au goût du jour les mouvements de jeunesse d’inspiration saint-simonienne qui prônent l’égalité des sexes et les « droits de la chair ». D’une génération à l’autre, s’opposent comme mécaniquement les jeunes, progressistes et novateurs, et les vieux, conservateurs attardés. Avec l’écrasement en 1918-1919 des tentatives révolutionnaires en Allemagne sur la société impériale de Guillaume II, s’effondrent les aspirations humanistes – l’expressionnisme et l’« Homme nouveau ». Aux rêveries idéalistes, succède une « fureur de vivre » pragmatique au service de l’avidité consommatrice et la recherche d’un bonheur immédiat matériel et social.

Maladie de la jeunesse (1926) de Ferdinand Bruckner situe son intrigue dans une pension viennoise de l’après Première Guerre mondiale, vers 1923, où cohabitent des étudiants en médecine et une jeune employée de maison, tous saisis par « le désarroi d’un vide moral, social, intellectuel et politique, créé par la défaite, l’échec de la révolution spartakiste, les défaillances de la République de Weimar, le cynisme affairiste… »

Qu’est-ce que la jeunesse a posteriori ? Un espace temporel de dangers, une proximité latente avec la mort, l’aventure unique d’une vie entière.

Dans la mise en scène de Philippe Baronnet, brille comme un astre, Marie (Marion Trémontels), qui s’apprête à fêter son doctorat. La jeune femme aime Petrell (Félix Kysyl), qui aime Irène (Aude Rodenbour) tandis que Désirée (Clémentine Allain), éternelle insatisfaite, a quitté Freder (Clovis Fouin), le mauvais garçon, qui manipule Lucy (Louise Grinberg) la soubrette, en attendant que Marie lui cède. À côté, Alt est un observateur des faits et gestes de ses camarades, non impliqué dans leur jeu.

Maladroits mais engagés, inexpérimentés mais mordant la vie, naïfs mais habités, les personnages usent d‘un langage cynique tout en restant soumis à leurs émotions, capables d’analyser froidement leur comportement en ne le jugulant pas.

Nulle remise en cause politique des conditions sociales dans cette Maladie de la jeunesse : Lucy l’employée, manipulée par Freder qui la maquille et déguise, en arrive à faire le tapin pendant que les étudiants égoïstes préparent leur examen.

L’action repose sur le subtil et tyrannique concept de désir et son accomplissement.

Les impulsions tues sont démasquées au bénéfice du bouleversement et du chaos. La bien-nommée Désirée est écartelée entre ses attentes existentielles et les jours qui passent, décevants et sans nulle consolation. Tous prennent la vie à bras-le-corps, telle l’équipe vivace de comédiens enthousiastes, pleins d’allant et de joie dans cette confrontation ludique avec la scène. La scénographie d’Estelle Gautier propose un univers blanc et aseptisé avec lit d’hôpital, un cadre intérieur articulé par deux panneaux en angle et un mur avec porte, un espace ouvert aux espoirs.

Les comédiens incarnent leur personnage à la fois avec intensité et recul ironique, commentant avec le chœur des autres acteurs, les réactions étranges de l’un d’eux.

Ces jeunes gens qui souffrent excellent dans l’art de vivre l’instant pleinement, sûrs de leur énergie et de leur envie vorace d’en découdre. Un beau travail d’exploration.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre de la Tempête – Cartoucherie, du 15 janvier au 14 février. Tél : 01 43 28 36 36

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