Richard III, de William Shakespeare, texte français de Jean-Michel Déprats, adaptation de Thomas Jolly et Julie Lerat-Gersant, mise en scène et scénographie de Thomas Jolly

Crédit photo : Brigitte Enguérand

RICHARD III - Shakespeare - Thomas Jolly - TNB

RICHARD III de Shakespeare – Mise en scène et scenographie Thomas Jolly – avec : Thomas Jolly (Richard III), Nathan Bernat (le prince Edouard), Francois-Xavier Phan (le duc de Buckingham) – Costumes : Sylvette Dequest – Lumiere : Francois Maillot, Antoine Travert, Thomas Jolly – Compagnie La Piccola Familia – – Theatre National de Bretagne – octobre 2015 – Odeon – Theatre de l’Europe – janvier 2016 © Brigitte Enguerand

Richard III, de William Shakespeare, texte français de Jean-Michel Déprats, adaptation de Thomas Jolly et Julie Lerat-Gersant, mise en scène et scénographie de Thomas Jolly

 

Pour Thomas Jolly et la compagnie de la Piccola Familia, Richard III conclut l’œuvre scénique et scénographique qu’il a initiée avec les tragédies d’Henri VI, une trilogie suivie du quatrième volet d’un cycle d’horreur et de barbarie. Reconsidérer Richard III dans la continuité d’Henri VI permet d’accéder à la lecture shakespearienne de l’Histoire, soit le resserrement de la notion de conflit, d’abord à l’échelle de deux royaumes à travers la Guerre de Cent ans, qui se réduit ensuite sur l’Angleterre avec l’opposition des deux familles rivales de la Guerre des Deux Roses, pour se refermer sur la seule fratrie mouvementée d’York et finir tragiquement sur Richard III.

Dans un climat délétère de conspiration et de délation, de surveillance sécuritaire et policière où faire un faux pas peut être fatal à la vie – le principe même de l’accession d’Edouard IV au pouvoir -, Richard, duc de Gloucester, est décidé à s’emparer à son tour de la Couronne d’Angleterre, quoique non inscrit dans la succession légitime. Pour y parvenir, il supprime les héritiers véritables – ses frères – et leur progéniture qui le gênent pour ses fins égoïstes – ses neveux innocents. Richard, enfant différent physiquement, peu aimé par sa mère, perd son seul soutien à la mort de son père tandis que ses frères s’approprient égoïstement le royaume.

Rejeté par tous, le fils et frère maudit choisit de s’extraire de l’humanité en se faisant monstre, le produit d’une histoire personnelle tourmentée et celui d’une époque.

Richard vient sur le devant de la scène faire au public le récit de sa stratégie mortifère, contant ses projets engagés et ses tactiques choisies, conversant dans une clairvoyance étrange avec sa propre conscience, amie et confidente :

« Bouffon, de toi-même parle honnêtement. Bouffon, ne te flatte pas, Ma conscience a mille langues différentes, Et chaque langue raconte une histoire différente, Et chaque histoire me condamne comme scélérat. »

Le spectacle de Thomas Jolly prend appui scénographique sur la technicité de la lumière pour créer un univers visuel « très contemporain », les nouvelles machines électroniques et robotiques produisant un monde froid d’angoisse et de manipulation.   Du coup, le théâtre se voit transplanté dans une salle musicale de concert – sans la musique, mais avec projos de lumière en cascade, douches, trouées et traits laser.

Le public a droit avant l’entracte – les jeunes cœurs accrochent – quand Richard accède au trône, à une chanson bien balancée entre rock et techno, interprétée par Sa Majesté en apparat, Thomas Jolly, acteur, metteur en scène et homme de troupe.

L’esthétique obéit à l’imaginaire gothique et planétaire des mangas, côté Tim Burton ou Guerre des Étoiles, à travers des silhouettes fun de dessins animés. Les ailes rognées sur la bosse du tyran esquissent des plumes hérissées de soldat indien .

Ce Richard III caricatural, répétitif, mais non évolutif d’un point de vue dramaturgique – le méchant est bien méchant dans un monde déshumanisé et tendu par le pouvoir –, complaît aux teenagers ravis mais réduits à voir un Shakespeare Pour les Nuls.

La mise en scène ne manque pas de panache : grands rideaux noirs majestueux, haute structure métallique qui s’ouvre ou bien se ferme en étau pour élever le trône royal, tente militaire en tipi sous les rais de lumière, tableaux grandioses de portraits de famille royale, robots qui descendent des cintres ou remontent vers les hauteurs, rayant horizontalement de leurs flèches lumineuses les espaces de clôture, au moindre claquement sec des portes qui enferment les bourreaux devenus victimes.

Les acteurs – des personnages d’hommes et de femmes maltraités par les événements – donnent d’eux-mêmes sans compter, balançant leur partition en force, sans jamais baisser la voix, nuancer les intonations ni relativiser les propos.

Ce Richard III de bruit et de fureur aurait gagné à travailler dans la finesse théâtrale plutôt que de se laisser aller à un spectacle réducteur et démagogique.

 

Véronique Hotte

 

Odéon – Théâtre de l’Europe, du 6 janvier au 13 février. Tél : 01 44 85 40 40

 

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