Carlo Goldoni par Franck Médioni (inédit), Éditions Gallimard, Collection Folio Biographies

Carlo Goldoni par Franck Médioni (inédit), Éditions Gallimard, Collection Folio Biographies n°127, 288 p / 8,50€

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S’il est une biographie à lire en ces temps de bilan final ou de renouveau inaugural, c’est celle de Goldoni par Frank Médioni, pleine d’allant, de verve et d’amour de l’art, selon l’esprit pareillement alerte de l’œuvre même du dramaturge.

Venise, le théâtre Saint-Ange et le théâtre Saint – Luc, le Théâtre-Italien à Paris …

Carlo Goldoni, né à Venise en 1707 et mort à Paris en 1793, est l’auteur d’une œuvre de plus de deux cents titres dont les genres vont de la tragédie à l’intermède, du drame au livret d’opéra et à la saynète, sans oublier ses Mémoires (1787). Continuateur de la Commedia dell’arte, il est d’abord l’inventeur de la comédie italienne moderne, Les Rustres, La Locanderia, Arlequin serviteur de deux maîtres

L’auteur maîtrise trois langues – le toscan, la langue officielle de l’unité nationale en 1866, le vénitien, le français. Il vit les trente dernières années de sa vie à Paris et cherche sans fin la vérité au théâtre pour raconter le monde.

Goldoni est un auteur au service des comédiens ; il bannit les masques de la commedia dell’arte et le répertoire répétitif des acteurs-improvisateurs enfermés dans un type de personnage – l’Amoureux, le Vieillard, le Docteur …- pour réinventer la comédie italienne et construire un théâtre de caractère.

Selon Frank Médioni, Goldoni pense un théâtre-spectacle qui bouscule les mots, les choses, les êtres. Sa force est sa verve, son comique, la pulsation des mots et des corps déployée sur scène. Au comique de situation de la commedia dell’arte, l’auteur joint un texte rédigé, une construction dramatique, soit un théâtre complet, à voir et à lire. Les critères de ce nouveau théâtre sont fondés sur le réalisme et la visée morale de la comédie, perçus par les metteurs en scène Luchino Visconti, Georgio Strehler, Jacques Lassalle, Alain Françon …

Le dramaturge questionne les rapports de l’art et du monde, de la langue et des gestes, du corps et du cœur des hommes, qu’ils soient cafetiers, gondoliers ou chevaliers. Le Monde est défini dans sa variété de caractères et de passions. Goldoni ne dénonce pas, il se moque et recourt à la farce. Ses personnages lui sont sympathiques ; comme chez Tchekhov, l’absence de jugement est totale : « La force comique de Goldoni provient de l’épaisseur du réel et de ses distorsions. L’imprévu surgit, crée un décalage et génère le rire. C’est un comique libérateur. Un comique parfois amer, voire sombre et mélancolique. » Molière est moraliste, Goldoni non. Plus qu’à l’être humain en tant que tel, Goldoni s’intéresse à la rencontre des hommes : comment vivre ensemble tout en étant fidèle à soi et aux autres ? Tout personnage, si secondaire soit-il, possède son caractère propre et participe pleinement à l’action, au mouvement d’ensemble. Le groupe prime sur l’individu et s’installe dès lors une structure polyphonique et chorale, une « composition concertante », selon Jacques Lassalle. Pour Goldoni, la littérature provient de la rue, du réel. La littérature est la vie, et on la rejoint par l’art. Le théâtre, reflet conscient de la vie, devient ce lieu de la représentation de l’homme et de la nature humaine.

Avec la Mirandoline, personnage féminin et égérie de La Locanderia (1752), Goldoni place le spectateur devant l’ambiguïté du personnage. On se heurte à son mystère. L’auteur lui-même n’est-il pas partagé entre une vision bourgeoise qui montre le ridicule des aristocrates, et une vison d’homme des Lumières épris de liberté ? Il Campiello (1756) est un autre exemple de belle forme chorale : simplicité, force et véracité du geste théâtral, la vie est encore saisie dans le feu de l’action et le vif de l’instant. Goldoni assiste en spectateur à la Révolution à Paris mais son théâtre n’est pas un appel au bouleversement de l’ordre établi. Toutefois, les valets, les artisans, les femmes de ménage, les pêcheurs et les ouvriers ont accédé au statut de personnages de théâtre et donc de la vie, installés sur un pied d’égalité avec les nobles et les bourgeois. Porte-parole de la bourgeoisie marchande, Goldoni se tourne vers le peuple dans ses dernières pièces. Ses écrits progressistes concernent la femme, grandeur morale, combattivité et victoire féminine de La Locanderia.

Cette biographie enivrante est vivante comme l’intensité  goldonienne.

Véronique Hotte

Carlo Goldoni par Franck Médioni (inédit), Éditions Gallimard, Collection Folio Biographies n°127, 288 p / 8,50€

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