Alice et autres merveilles, d’après Lewis Carroll, texte de Fabrice Melquiot (Éditions de L’Arche), mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota – À partir de 7 ans.

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

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Alice et autres merveilles, d’après Lewis Carroll, texte de Fabrice Melquiot (Éditions de L’Arche), mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota – À partir de 7 ans.

 

À travers la scénographie d’Yves Collet, le metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville, installe son nouveau spectacle Alice et autres merveilles dans le miroir d’eau tremblante de la Fontaine Stravinsky ou Fontaine des Automates, près du Centre Pompidou, non loin du bâtiment du théâtre en question. L’œuvre composite et conjointe de Jean Tinguely et Nicky de Saint-Phalle de 1983 est conçue pour un espace public et une œuvre en mouvement. Les sculptures sont toutes mécanisées, noires ou colorées, et sont animées par de jolis jeux d’eau.

Dans la mise en scène de Demarcy-Mota, sur le plan d’eau miroitante et lumineuse du plateau, les sculptures de figures vivantes portent toutes des masques, des figurines colorées qui évoluent sur les rebords de la piscine ou engagent vaillamment pieds et jambes, puis le corps entier dans l’eau dont elles s’amusent.

Les repères de l’œuvre mythique de Lewis Carroll sont tous au rendez-vous, tels les emblèmes signés de l’imaginaire des plus petits comme des plus grands : le lori (Jauris Casanova), la chenille (Valérie Dashwood), le valet de cœur, le chapelier, le lapin au yeux rouges ( Philippe Demarle), le lièvre de mars, l’aiglon, l’archiduchesse, la reine de cœur (Sandra Faure), la souris, Bill le lézard (Olivier Le Borgne), le dodo (Gérard Maillet), le chat du Cheshire, le canard, le loir, le roi de cœur (Walter N’Guyen)… Certains en garnements facétieux se déplacent sur leur petit vélo.

Tout un fantastique de formes et de couleurs, de sculptures inventives et animalières se déploie dans le bassin à fleur d’eau. Les contes de la littérature enfantine s’immiscent dans le spectacle et se bousculent pour parader en premier : Alice est rejointe par le Petit Chaperon rouge (Sarah Karbasnikoff), Pinocchio, le Grand Méchant Loup et la Poupée Barbie. Tous y vont de leur discours et de leur histoire.

Au-delà du texte attachant, clair et percutant de Fabrice Melquiot, la mise en scène privilégie les sensations visuelles : un feu d’artifice de mouvements et d’images, un éclatements de lumières et de couleurs, un tournoiement de masques colorés de carnaval, une fête joyeuse et un divertissement entier, même s’il est fait allusion à cette méchante reine qui coupe les têtes sans réfléchir se livrant à plaisir à des décapitations significatives, alors qu’elle joue au croquet avec une armée renversée de flamants roses. Absurdité, folie et cruauté, Alice – remarquable Suzanne Aubert, voix tonique et acidulée, svelte et gracile dans sa jupe de tulle blanc – fait l’expérience mouvementée d’un monde inquiet en perpétuel devenir.

La poupée vivante monte dans les cintres et redescend sur scène comme une trapéziste qui s’amuse de ses galipettes, jouant du jeu des échelles – au propre et au figuré – avec les pouvoirs pluridimensionnels du théâtre d’ombre, soudainement grandie ou bien rapetissée, selon ce qu’elle a mangé. Sa robe se déploie dans les airs ou bien finit froissée et essorée, en boule, dans ses propres mains d’aventurière.

Sur le plateau, quand l’eau va et vient, le spectateur découvre des chaises en pagaïe, autant d’obstacles d’enfance et de grand âge, autant d’occupants disparus, qui citent l’œuvre du roi de l‘absurde Ionesco. Jamais la fillette combattive n’abandonne sa quête, tenant sa clé inutile ou bien suivant les turbulences du lapin blanc qui furète et se cache dans les terriers. Où être ? Il faut cheminer toujours.

Alice dessine la figure d’une guerrière qui part à la conquête de la vie en la débarrassant de ses absurdités dénoncées pour mieux comprendre le monde.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre de la Ville, du 28 décembre 2015 au 9 janvier 2016. Tél : 01 42 74 22 77

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