La Petite Communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon (collection Babel, éditions Actes-Sud), concert-spectacle de Lola lafon

Crédit photo : Lynn S. K.

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La Petite Communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon (collection Babel, éditions Actes-Sud), concert-spectacle de chant et lecture par Lola Lafon, guitares, machines par Olivier Lambert, basses, guitares par Julien Rieu de Pey

 

Dans La Petite communiste qui ne souriait jamais, roman de Lola Lafon, la narratrice se propose de faire le récit de l’histoire authentique de Nadia Comaneci, une petite gymnaste roumaine de quatorze ans, apparue aux JO de Montréal en 1976, une étoile fulgurante dans le firmament athlétique et médiatique puisque l’adolescente obtient la note mythique de 10/10 jamais atteinte encore, devant cinq cent millions de téléspectateurs subjugués. Équilibre parfait et contrôle de soi absolu, la petite fille sourit aux caméras et appareils photographiques pour retrouver une expression grave et triste dans les vestiaires. Elle devient pour toutes les petites filles de l’Est comme de l’Ouest, rivées au petit écran, une icône féminine, un joli portrait en pied planétaire à travers l’image arrêtée d’une enfant qui resterait éternelle dans la gracilité et l’assurance de son jeune corps. Or, le monde est dur ; au-delà des performances amèrement remises en question, la figure qu’on croyait adulée est rattrapée par d’autres fillettes plus jeunes et légères, poupées davantage éloignées de la maturité, marionnettes inconscientes encore d’un avenir menaçant et cruel.

Les juges sportifs, les entraîneurs, les politiques – tel le couple Ceaucescu -, les journalistes et commentateurs se sont amusés d’une telle petite-fille objet qui a valorisé la problématique du sport à l’Est et qui, une fois grandie, a lassé ses admirateurs inconstants et préférant d’emblée trahir leurs premières amours pour observer d’autres résultats, plus significatifs d’un témoignage de perfection radieuse.

Privée d’un nouveau triomphe aux Jeux de Moscou en 1980, Nadia Comaneci sera d’abord l’instrument de propagande d’un régime discrédité puis l’otage de celui-ci, connaîtra des années difficiles dans la Roumanie de Ceau̧sescu, avant de fuir aux Etats-Unis, en novembre 1989, pour tenter de se construire une nouvelle existence.

La narratrice réfléchit et argumente : de quel côté du monde balance mieux la vie ?

Les magasins, éternellement vides sous l’ère de Ceaucescu, sont pleins à présent, et si la censure politique n’est plus agissante, la censure économique bat son plein.

Quant à l’Occident, il n’a pu offrir à ses jeunes la gratuité de ces activités sportives.

La dictature n’appartient plus qu’à l’argent roi, faiseur et destructeur de destinées sur les deux côtés de la planète, unanimement réunis dans une économie mondialisée.

Sur la scène, Lola Lafon conte l’histoire de Nadia C., choisissant tel passage évocateur de son propre ouvrage et jetant au fur et à mesure ses post-it de couleur. Calme et grave – peu mobile -, la comédienne lit comme si elle découvrait le texte, puis laisse retentir quelques bribes sonores des machines musicales, des guitares et des basses de ses brillants musiciens accompagnateurs, Olivier Lambert et Julien Rieu de Pey. On aurait aimé qu’elle se laisse aller à une chorégraphie scénique, simulant l’équilibre sur le fil périlleux ou marchant au-dessus d’un vide dangereux.

Voix posée, elle chante à merveille Eurythmics, Barbara ou Brigitte Fontaine. Sur le visage, les traces d’une belle tristesse, comparables à celles de l’icône défendue.

 

Véronique Hotte

 

TCI – Théâtre de la Cité internationale, du 3 au 18 décembre. Tél : 01 43 13 50 50

 

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