Roméo et Juliette de William Shakespeare, version scénique d’après la traduction de François-Victor Hugo, mise en scène de Éric Ruf

Crédit Photo : Vincent Pontet Coll. Comédie-Française

ROMEO ET JULIETTE -

ROMEO ET JULIETTE – De William SHAKESPEARE – Mise en scene et scenographie : Eric RUF – Costumes : Christian LACROIX – Lumiere : Bertrand COUDERC – Travail choregraphique : Glyslein LEFEVER – Avec : Suliane BRAHIM (Juliette) – Jeremy LOPEZ (Romeo) – Le 24 11 2015 – A la Salle Richelieu de la Comedie Francaise – Photo : Vincent PONTET

Roméo et Juliette de William Shakespeare, version scénique d’après la traduction de François-Victor Hugo, mise en scène de Éric Ruf

 

Roméo et Juliette de Shakespeare se pose dans l’imaginaire littéraire comme un « beau conte d’amour et de mort », à travers la résurrection du mythe de Tristan et Yseult, la matrice de la vision tragique de l’amour en Occident, selon Denis de Rougemont. Quête mystique insaisissable, description d’un instant poétique absolu, convocation sensorielle et sensitive du sentiment de l’existence, l’expérience amoureuse se révèle un instant fugitif, envolé dès que touché, dans un monde écartelé entre le bien et le mal. La pièce témoigne de la vitalité du désir contre la mort victorieuse. L’œuvre balance entre dérision comique, parodie d’un côté, et ironie tragique de l’autre. Les parents de Juliette jouent des figures burlesques inattendues, un couple de bourgeois grotesques – Danièle Lebrun et Didier Sandre.

Roméo croyait déjà mourir d’amour pour une jeune Rosaline méprisante, jusqu’à ce qu’il se voie blessé d’amour autant qu’il blesse lui-même, à travers la rencontre fulgurante de la vive et libre Juliette. Le facétieux Mercutio – excellent Pierre-Louis Calixte -, éloigné des illusions romanesques, se moque de Roméo qui a été visité par l’accoucheuse des fées, la reine Mab qui fait rêver les amoureux de songes volatils.

Mais chez Shakespeare, à côté de l’intime s’immisce encore et toujours le politique.

Dans l’atmosphère lourde et délétère de Vérone, ville sur laquelle pèse la rivalité ancestrale opposant les familles Capulet et Montaigu, les rixes de rue se succèdent. Le prince met fin à cette querelle déclenchée par un geste futile, menaçant de mort les chefs des deux clans ; et plus tard, Capulet lui-même lors du bal qu’il donne chez lui, oblige à la tolérance son bouillant neveu Tybalt – Christian Gonon – qui a reconnu Roméo. La guerre des pères ne semble pas passer jusqu’aux enfants. Frère Laurent – Serge Bagdassarian qui anime aussi les fêtes italiennes de sa belle voix – marie en secret les amants pour le changement souhaité de la rancœur mémorielle clanique en apaisement. Et Roméo, tout juste uni avec Juliette, refuse le combat contre Tybalt qui le provoque devant Mercutio, blessé à mort pour avoir protégé son ami. La machine tragique est enclenchée : Roméo accomplit sa vengeance.

Banni, il devrait s’exiler à Mantoue, attendant d’être rejoint par Juliette. Le hasard fera que la mécanique engagée par Frère Laurent s’enrayera, bloquée et arrêtée tragiquement, entre les préparatoires parentaux d’un mariage illusoire et précipité entre Juliette et Pâris, et les ratés d’une lettre salvatrice à destination de Roméo.

La scène idyllique du balcon élevé dans les airs n’aura duré que le temps d’un rêve, de même la nuit d’amour des amants qui ne peuvent se déprendre d’eux-mêmes, confondant les chants du rossignol et de l’alouette qui départagent la nuit du jour.

La scénographie d’Éric Ruf est fastueuse et épurée, esquissant la vision envoûtante des restes somptueux d’un palais italien dont la couleur blanche éblouissante rappelle autant les reflets du soleil écrasant des pays méditerranéens que l’érosion lente qui atteint les ossements des restes humains usés et lavés par le temps.

Le public est invité à contempler les arcanes sépia d’un rêve immatériel, pénétrant les volumes majestueux d’un onirisme atemporel, en même temps que les soirées estivales de la jeunesse festive du temps présent, sous les voûtes mouvantes et nocturnes des guirlandes colorées et sous la musique à la fois joyeuse et mélancolique de chansons italiennes pour jeunes gens des années 1960, descendus de voitures ou de vespas des films de Fellini, petites robes d’été légères et blanc cassé, foulards gracieux aux tons pastel contre le vent pour les dames et lunettes de soleil pour tous. Le tombeau sacré où gît l’amante, un rappel des catacombes de Palerme où sont tenus debout les morts dans leurs atours colorés – costumes de Christian Lacroix -, est splendide ; c’est le lieu symbolique où s’accomplissent les noces ultimes et tragiques de Juliette et de Roméo avec la mort.

Suliane Brahim et Jérémy Lopez ont la justesse et l’humanité requises pour les rôles.

Une preuve scénique éclatante que mourir d’amour n’est pas qu’un geste maniériste.

 

Véronique Hotte

 

Comédie – Française, salle Richelieu, du 5 décembre au 30 mai 2016. Tél : 01 44 58 15 15

 

 

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