Les Glaciers grondants, texte et mise en scène de David Lescot, chorégraphie DeLaVallet Bidiefono, cirque et conseil scientifique Théo Touvet, musique Benoît Delbecq & Steve Argüelles, scénographie Alwyne de Dardel

Les Glaciers grondants, texte et mise en scène de David Lescot, chorégraphie DeLaVallet Bidiefono, cirque et conseil scientifique Théo Touvet, musique Benoît Delbecq & Steve Argüelles, scénographie Alwyne de Dardel

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Les Glaciers grondants, un spectacle de l’auteur et metteur en scène David Lescot, se donne comme un écho artistique à l’esprit de la COP21 de Paris de ce mois de décembre 2015 – la manière baroque d’une cage de résonnance emblématique de l’actualité. Après les attentats parisiens du 13 novembre, l’enjeu climatique n’a pas pour autant perdu en intensité ; et, dans le corps final de la pièce, David Lescot évoque avec tact cette date fatale, provoquant une minute de silence sur la scène comme dans la salle qui lui en sait gré. Or, même s’il n’a jamais été autant question « dans l’air » de dérèglement climatique, de catastrophe à endiguer en restreignant l’émission de gaz à effets de serre (GES), de tentative de contrôle d’un réchauffement climatique programmé, on espère que le sujet garde de son urgence universelle, une fois la COP21 passée. Ayant reçu commande d’un article sur cet événement historique, un point de vue qui soit personnel sur le réchauffement climatique, le protagoniste des Glaciers grondants de David Lescot, l’Écrivain – rôle admirablement tenu par l’incertitude inquiète d’Éric Caruso –, se met en quête d’informations sur le dérèglement climatique ; l’entreprise revêt l’allure à la fois d’une enquête documentaire et d’une quête personnelle. Le narrateur, rattrapé par sa vie privée que bouscule une séparation d’avec sa compagne, fait retour, l’espace de quatre saisons, sur son passé, allongé alors sur le plateau tandis qu’il se remémore sa jeunesse, fermant les yeux pour qu’évoluent son personnage – incarné par un autre comédien – et sa compagne, deux figures naturellement plus jeunes à l’époque de leur rencontre des débuts. David Lescot évoque pour la mise en scène de sa pièce, un carrefour de formes et d’expressions scéniques, physiques et verbales, poétiques et documentaires. Il est ainsi fait référence au Conte d’hiver, une œuvre shakespearienne qui opère le passage entre l’extérieur – la situation mondiale – et l’intérieur – l’intimité et les souvenirs du personnage.
La pièce est un modèle de l’art baroque, comparant les phénomènes naturels – l’art divin – avec les techniques et l’art des hommes. Ne pas dégrader la nature, mais tenter en échange de l’améliorer en la respectant, tel est le projet idéal qui fait encore de l’artifice un recours de la nature. Polyxènes, le roi de Bohême, parle  ainsi à la jeune Perdita : « Marier une greffe délicate à un tronc sauvage, féconder une écorce de basse espèce avec un bourgeon de race noble, c’est un art qui améliore la nature, mais cet art, c’est la nature. » L’évocation du monde naturel au moyen des éléments artificiels de la scène est au cœur de l’esthétique contemporaine des Glaciers grondants : cercle, trampoline et trombone par le circassien, comédien, danseur, acrobate et scientifique Théo Touvet, musique électronique jazz, piano, percussions avec Benoît Delbecq et Steve Argüelles, chorégraphie du danseur congolais DeLaVallet Bidiefono avec la danseuse et comédienne Ingrid Estarque, et tous les actrices et acteur, Anne Benoît, Marie Dompnier, Camille Roy et Maxime Coggio. Une table conviviale et festive, un soir d’été, fait pendant à quelques autres figures masculines en anorak polaire coloré – bras nus, d’un côté et doudounes duveteuses, de l’autre ; un ours blanc, comme sorti d’une banquise, arpente lourdement une rangée de frigos blancs, un tableau cubiste. La scène est un laboratoire à la fois bouillonnant et tranquille où règne, dans un blanc éblouissant, un patchwork de formes improvisées, entre musique et danse, prouesses physiques et cascades, discours au micro et scènes de théâtre joué, un work in progress où le Mélancolique tente de ressaisir la vie qui lui échappe toujours.

Véronique Hotte

Théâtre des Abbesses – Théâtre de la Ville, du 4 au 18 décembre. Tél : 01 42 74 22 77

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