Foi, amour, espérance, de Ödön von Horvath, traduction Henri Christophe, mise en scène de Patrice Bigel

Crédit Photo : Agathe Hurtig Cadenel

- Foi amour espérance(97)Photo Agathe Hurtig Cadenel

Foi, amour, espérance, de Ödön von Horvath, traduction Henri Christophe, mise en scène de Patrice Bigel

 

Une suite de catastrophes, de petites trahisons et de manquements à la parole donnée par des hommes de peu de foi et d’amour, tel est le filet qui empoigne celle qui a la volonté de s’en sortir, en dépit de tout. Horvath compose « cette petite danse de mort » en s’inspirant d’un récit judicaire. Une jeune fille est à la recherche de 150 marks pour acquérir sa carte de représentante en dessous féminins, soutien-gorge, corsets. Elle part vendre son corps à l’institut d’anatomie, utilité qui n’a plus cours, vu la brutalité des temps, l’accumulation d’accidents de la route et des suicides. Un préparateur compatissant lui prête la somme, croyant la demandeuse de milieu social plus élevé, puis la fait condamner pour abus de confiance, tandis que les 150 marks ont permis à la travailleuse de régler une amende infligée pour avoir exercé sans la carte. Même son amant – fonctionnaire de police – apprenant qu’elle a fait de la prison, l’abandonne pour ne pas entraver sa carrière. Ne reste qu’à se noyer.

La vive Élisabeth (Juliette Parmantier), décidée et batailleuse, héroïne malheureuse de la pièce de Horvath, Foi, amour, espérance, passe au-delà des constats amers : « En ce moment, pour dire la vérité, je n’ai pas de travail. Il paraît que ça va encore empirer. Mais je ne lâche pas pied. » Et plus audacieux et subversif que l’agent de police de l’intrigue, l’une des figures représentatives du petit peuple cher à l’auteur, qui se pose des questions sur l’état de la société de l’entre-deux guerres, et que son collègue enjoint à se méfier de toute posture critique qui le ferait soupçonner, le dramaturge poursuivi par la censure hitlérienne répète à l’envi qu’il tend à décrire le monde tel qu’il est, sans volonté de l’embellir ou de le dégrader. La création de Foi, amour, espérance – titre extrait de la Première Épître de Saint-Paul aux Corinthiens – prévue en 1933, à Berlin, alors qu’Hitler accède au pouvoir, est annulée ; elle n’aura lieu qu’en 1936 à Vienne : la preuve de la force de subversion de ce théâtre.

Le metteur en scène Patrice Bigel s’appuie pour sa création sur une équipe efficace de comédiens – Francis Bolela, Karl-Ludwig Francisco, William Santucci, Jean-Michel Marnet, Bettina Kühlke…- secondée par la musique de Hanns Eisler et les chansons de Brecht, Silone et Tucholsky, avec au piano Adèle Le Roux, Noémie Nael, et à la contrebasse, François Chanut. Un espace sombre à plusieurs perspectives, entrées et sorties, où résonne dans un vide effrayant la stridence des bruits et des coups humains à l’intérieur d’un vaste volume, entre la nuit tombée et l’obscurité de lieux peu répertoriés ou fréquentés. Un zoo, et apparaît face au public, un bassin d’eau dans lequel l’héroïne se jette pour des ébats d’amour avant de se noyer. Les temps sont difficiles, et les hommes peu enclins à l’humanité ; ils ont raison de la volonté et de l’élan salvateur plein de vie de la victime, tandis que bruits de bottes et discours du führer résonnent en sourdine face à la mort victorieuse.

 

Véronique Hotte

 

Usine Hollander à Choisy-Le-Roi, du 13 novembre au 13 décembre, représentations supplémentaires le 9 et le 10 décembre. Tél : 01 46 82 19 63

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Une réflexion sur “Foi, amour, espérance, de Ödön von Horvath, traduction Henri Christophe, mise en scène de Patrice Bigel

  1. En retour je serais très contente de vous rencontrer le RS de cette représentation exceptionnelle de mon dernier spectacle. Plus d’infos voir les liens Marie Guyonnet

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