Enquête sur un sabre, de Claudio Magris, traduit de l’italien par Anne-Marie Toledano, Éditions Gallimard, Collection L’Imaginaire N°675/112 p 8.50 €

Enquête sur un sabre, de Claudio Magris, traduit de l’italien par Anne-Marie Toledano, Éditions Gallimard, Collection L’Imaginaire N°675/112 p 8.50 €

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L’essayiste, romancier et auteur de théâtre Claudio Magris s’attache, à travers Enquête sur un sabre (1986), à éclairer d’un jour autre mais non moins mystérieux, la figure altière, légendaire et énigmatique de Krasnov, l’un des officiers à la tête de la fameuse armée cosaque qui a intrigué et fait couler beaucoup d’encre.

L’ouvrage de fiction prend appui sur des faits historiques qui se sont déroulés en Carnie, entre l’été 1944 et le printemps 1945. La Carnie, au nord du Frioul, était occupée par les Allemands, et l’armée de cosaques composée de tous ceux qui s’étaient résolus à collaborer avec le III è Reich, après avoir fui la Russie stalinienne, et en échange de quoi les nazis leur avaient promis une patrie.

Grâce à l’écriture de Magris, cette enquête politico-poétique est passionnante, reconstituant, au-delà des mythes, la réalité historique de ces cosaques – à la poursuite du rêve impossible d’une nouvelle patrie – qui périrent presque tous, trahis par les vainqueurs. Les cosaques étaient parvenus à se retirer en Autriche, d’où ils étaient descendus quelques mois auparavant jusqu’en Carnie, leur nouvelle patrie, sur cette terre qui, d’octobre à avril, avait été la steppe du Don, raconte l’auteur. A posteriori, l’épistolier qui écrit une lettre à un ami – «  Mon cher Don Mario » – apprécie l’aventure de Krasnov et de ses pareils, comme une marche à reculons vers le néant, un continuel retour sur ses propres pas : « Ainsi Krasnov, après 1918, avait laissé la Russie pour l’Occident : vingt-cinq années plus tard, il a endossé le vieil uniforme majestueux avec lequel il avait paradé dans les grands hôtels de Berlin et de Paris, puis il est retourné sur les lieux de ces mêmes batailles, pour les livrer et les perdre à nouveau, puis encore vers l’Occident, d’Autriche en Carnie et de Carnie en Autriche et enfin en Russie sur l’échafaud. »

Le cosaque, apprend-on, est le défenseur et le bandit, il est le gardien de la Sainte-Russie contre le Tartare, mais il est aussi le Tartare. Krasnov s’est jeté dans les bras du fascisme – cette incapacité à percevoir la poésie dans la lourde prose du quotidien, remplacée par une pseudo-poésie emphatique et excitée -, il obéissait à une logique grotesque car il « chercha précisément la défense de l’aventure, de la chevalerie et de la tradition dans le nazisme, le plus mortel ennemi de la tradition et de l’aventure, caserne totalitaire et technologique qui nivelait la vie par une uniformité bien plus rigide que celle imputée aux démocraties méprisées. »

Le héros qui aimait tant l’aventure a-t-il finalement été capable de reconnaître ses erreurs et ses aveuglements – sa crédulité naïve ?

L’aventure risquée consiste à reconnaître l’impossibilité de nos rêves, accepter avec humilité cette désillusion nécessaire, « descendre du cheval empanaché et cheminer sur les chemins de cette terre qui accueille et soutient tous les voyageurs, sans distinction de rang. » La recherche de la quête existentielle tourne, le temps de l’ouvrage, autour d’une garde de sabre perdue, puis retrouvée dans la terre, grâce à la bêche du fossoyeur. Une matrice shakespearienne où souffle l’esprit d’Hamlet.

Véronique Hotte

Enquête sur un sabre, de Claudio Magris, traduit de l’italien par Anne-Marie Toledano, Éditions Gallimard, Collection L’Imaginaire N°675/112 p 8.50 €

 

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