Fin de l’histoire, d’après Witold Gombrowicz, texte et mise en scène de Christophe Honoré

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

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Fin de l’histoire, d’après Witold Gombrowicz, texte et mise en scène de Christophe Honoré

 

« C’est pas jojo le théâtre chez Honoré mais c’est rigolo, si ça ne s’éternise pas », conclurait-on, après les près de trois heures étirées de représentation de Fin de l’histoire. C’est que l’auteur, metteur en scène et cinéaste Christophe Honoré s’est attaqué à plus grand que soi, à travers le concept de « Fin de l’Histoire », développé entre autres, par le philosophe et économiste Francis Fukuyama qui voit sonner cette heure terminale « le jour où un consensus universel sur la démocratie met un point final aux conflits idéologiques », écrit Honoré. L’origine de la représentation tient au hasard de la lecture de la pièce inachevée de Witold Gombrowicz, L’Histoire, que le metteur en scène d’aujourd’hui croise avec l’ensemble de l’œuvre de l’artiste polonais – son journal et ses articles polémiques sur la littérature, Contre les poètes.

Avoir sa place dans l’histoire, pouvoir atteindre le lieu où elle se crée, tel est le vœu récurrent de Gombrowicz via Honoré, au-delà d’une adolescence récurrente ou prolongée, fondée sur les valeurs à la fois éternelles et fuyantes de la jeunesse et de la beauté créatives. Pour l’auteur polonais, la jeune personne uniquement vit sa période de beauté absolue ; à notre tour de la ressaisir au vol quand on l’a éprouvée à travers ce qu’on a été, ce qu’on n’est plus, à travers cette infériorité de la jeunesse. Le singulier et original Witold, interprété par le frêle danseur Erwan Ha Kyoon, personnage autobiographique de L’Histoire auquel s’associe Christophe Honoré -, est confronté dans une nuit d’été de 1939 – veille de l’intervention allemande – aux reproches d’immaturité juvénile de la part de ses parents, ses frères et sa sœur. Tous accompagnent le voyageur volatil, prêt à quitter fiancée et amant, et à prendre le large pour l’Argentine, à l’intérieur de la gare monumentale d’époque de Varsovie.

Les interprètes de la famille sont des comédiens aguerris dont on rit du jeu loufoque et burlesque sur l’immense plateau scénique : Jean-Charles Clichet, Sébastien Éveno, Julien Honoré, Élise Lhomeau, Annie Mercier, Mathieu Saccucci et Marlène Saldana. Soit l’occasion pour cette dernière de relater, de façon comique et déjantée – danse, théâtre et mime –, des images symboliques de la mythologie biblique, de Saint-Jean-Baptiste à Salomé, en passant par la passion du Christ et le Mont Golgotha. Cette fille folle est tout simplement le rejeton de sa mère qui l’a toujours entraînée dans la bigoterie et la dévotion. Du tonus et du nerf, personne n’en manque, tandis que s’égrainent, à n’en plus finir, les blagues de potache facétieux. Que l’on soit invité aux conférences « historiques », en compagnie des figures clownesques de Staline, Hitler, Mussolini, Chamberlain, Daladier et consorts, sans oublier la représentation de la Pologne, ou bien que l’on soit convié à des débats politiques au cours desquels on écoute les icônes philosophiques modernes et post-modernes, Hegel, Kojève, Fukuyama et Derrida, le public rattrape à la volée les bons jeux de mots des grands qui alternent avec de bien plus mauvais, comme la légèreté réfléchie des dialogues va-et-vient entre grossièreté gratuite et cocasserie. Le temps est long, même si on déclame les noms de Primo Levi, Robert Antelme et Beckett, des valeurs emblématiques qui initient le renouvellement de la littérature et des arts.

Beaucoup de bruit pour pas grand-chose, si ce n’est l’excellence véritable de comédiens joueurs et malicieux qui ont fait leurs, les enjeux du théâtre et de la scène, contre une parodie insuffisante de l’œuvre de Gombrowicz et de nos temps.

Véronique Hotte

La Colline – Théâtre national, du 3 au 28 novembre 2015. Théâtre national de Varsovie, les 4 et 5 décembre. Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées, du 11 au 17 décembre. La Comédie de Valence – CDN Drôme-Ardèche, les 6 et 7 janvier 2016. Le Grand T – théâtre de Loire-Atlantique, du 13 au 15 janvier. Maison des Arts de Créteil, du 28 au 30 janvier. Théâtre national de Nice, du 25 au 27 février.

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