Le Metope del Partenone, conception et mise en scène de Romeo castellucci – Festival d’Automne à Paris

Crédit photo : Peter Schnetz

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Le Metope del Partenone, conception et mise en scène Romeo Castellucci – Festival d’Automne à Paris

Selon Romeo Castellucci, les frises du Parthénon (Le Metope del Partenone) représentent “des batailles pour la vie”. Pour composer ses propres “frises” scéniques, le metteur en scène – plasticien et performer – se place à l’endroit où un effroyable accident – les causes en sont inconnues – projette sa victime entre la vie et la mort. Les secours rapides et efficaces peuvent faire revenir idéalement la victime du côté de la vie ; elle peut aussi, en dépit de tout, basculer du côté de la mort. Six accidents se succèdent – six tableaux d’une ville, six temps de la douleur, six scènes d’urgence, six frises possibles. Un comédien ou une comédienne incarne celui qui perd l’équilibre, terrassé, tandis qu’une authentique équipe médicale, différente à chaque fois, intervient contre la mort agissante. Or, la personne blessée, allongée ou repliée, à laquelle on porte secours ne peut être malheureusement sauvée. Et les secouristes rangent leur matériel médical pour étendre un drap blanc sur le cadavre encore chaud de vie. Les drames successifs se passent dans la rue, comme si les spectateurs passaient là par hasard, des badauds voyeuristes malgré eux et curieux du sang versé. À chaque accident survenu, correspond une devinette diffusée sur écran. Les réponses aux différentes énigmes – « Qui suis-je ? » – s’égrainent : l’ombre, la vague marine, l’œil, le trou… -, soit pour l’imaginaire une mise à distance de l’horreur vécue à travers les images du jour et de la nuit, de la chaleur et du froid, de la limite ou de l’infini, de la dualité et de la symétrie… Castellucci considère les frises du Parthénon – le temple des temples – comme le sommet artistique du siècle de Périclès, telles des répliques de centauromachies et de batailles : la bataille de la vie, à associer à la vulgarité d’une série américaine. Sur le sol, des fluides divers sont versés dont ce qui apparaît comme un sang lourd, une fresque de peinture que le service de nettoiement urbain vient effacer à la toute fin. Entre la merveille de l’existence en soi, d’un côté, et du Parthénon, fondateur de l’esthétique occidentale, symbole de la beauté, de l’autre, la douleur a sa place énigmatique, d’autant qu’elle est utilisée à outrance et manipulée à l’excès – une fascination – par la fiction complaisamment « ensanglantée » du cinéma – telle est la réflexion de Castellucci. Mais les jours derniers, la réalité a baigné dans le sang, et les images de terreur inadmissible se sont inscrites dans toutes les têtes. Suite à ces événements survenus le 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, le metteur en scène précise, avant le spectacle, que Le Metope del Partenone a été créé en juin 2015 à Bâle, dans le cadre de la foire d’art contemporain d’Art Basel, représenté à l’identique dans ses données de catastrophes humaines : «  Cette action a le malheur particulier d’être un miroir atroce de ce qui est arrivé dans les rues de Paris. Images difficiles à supporter, obscènes dans leur exactitude inconsciente.
Je suis conscient que trop peu de temps a passé pour traiter cette masse énorme de douleur et que nos yeux sont toujours grands ouverts sur la lueur de la violence ». Le spectacle en effet, de par ce contexte immédiat, a perdu non seulement de sa nécessité artistique mais morale aussi, en offrant une reproduction banale et presque accessoire des accidents. On est troublé par ces tableaux successifs, sans que ne soit atteinte en profondeur la sensation de l’horreur d’un destin inouï : peu de pitié et peu d’effroi, mais le constat de prestations vaines face à la chape de plomb ambiante irrespirable.

Véronique Hotte

La Villette – Festival d’Automne à Paris, du 23 au 29 novembre, conseillé à partir de 16 ans

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