L’Histoire du soldat, Ramuz, Stravinsky et Porras

Crédit Photo : Elisabeth Carecchio

Saison 2014-15  Theatre Amstramgram"Histoire du Soldat" texte Ferdinand Ramuz musique Igor Stravinski Mise en scène Omar Porras

Saison 2014-15 Theatre Amstramgram « Histoire du Soldat » texte Ferdinand Ramuz musique Igor Stravinski Mise en scène Omar Porras Avec Alexandre Etheve Philippe Gouin Joan Mompart Omar Porras Maëlla Jan Scénographie Fredy et Omar Porras Masques Fredy Porras Univers sonore Emmanuel Nappey Lumière Mathias Roche Assistant à la mise en scène Jacint Margarit Costumes Irene Schlatter Accessoires Laurent Boulanger Peinture du décor Béatrice Lipp

L’Histoire du soldat, théâtre musical tout public de Charles-Ferdinand Ramuz, musique Igor Stravinsky, mise en scène Omar Porras, avec L’Ensemble 2e 2m, sous la direction de Benoît Willmann

C’est l’histoire d’un pauvre soldat qui rentre au pays. Il marche. Il marche et s’accompagne au violon. Son chemin croise celui du Malin qui lui fait miroiter une fortune, s’il échange son instrument. Le soldat vend son âme au diable. Mais quand l’argent lui devient facile, il prend conscience qu’il lui manque l’essentiel, et parvient à reprendre le violon au diable, avec lequel il charme une languissante princesse. Devenu prince, mais toujours insatisfait, il veut revoir son village natal. Mais « un bonheur est tout le bonheur, deux, c’est comme s’ils n’existaient pas« . Le pauvre soldat perd tout. Triomphe du diable.

Tendance au hiératisme, solennité et grandeur, l’œuvre profondément créative de Stravinsky se manifeste aussi par une attirance marquée pour le sacré, que ce soit dans l’incarnation du rituel ou du culte, mais aussi dans les œuvres profanes, un sacré dont la griffe est la simplification de l’icône – distanciation, goût pour l’ordre et pour l’incantation, tel qu’on peut le percevoir dans L’Histoire du soldat. Le sujet de l’Histoire du soldat, fondé sur le duo Stravinsky Ramuz, a exercé un attrait inouï en 1917 puisque l’anecdote touche à l’universel grâce à la convention du fabliau. Ramuz et Stravinsky retiennent du recueil de contes d’Afanassiev (1826-1871), Le soldat déserteur et le diable, l’histoire d’un recrutement forcé pour vingt ans, lors de la guerre turco-russe sous le Tsar Nicolas II. Dépouillé de tout signe russe trop affirmé, le conte accède à l’universel : la guerre sévit en 1917, et le retour du soldat est transposé en Suisse, soit un pacte faustien miniature pour spectacle à quelques personnages et petit ensemble instrumental. L’œuvre est comparée à une suite – une fusion de scènes parlées, mimées, chantées et dansées avec des parties de musique : une lanterne magique animée, un petit orchestre, quelques acteurs.

Voilà qui ne pouvait que plaire au magicien aux mille tours de la scène Omar Porras qui s’amuse, sur le plateau, de l’effet de surprise des couleurs vives et empourprées, des échappées lumineuses d’un feu enchanteur, et de la terre rougeoyante d’où naît la brûlure, des éblouissements secs enfin des flammes et des flammèches, au sens propre et au sens figuré. Les effets spéciaux et accessoires sont dus à Laurent Boulanger. Le narrateur (Philippe Gouin) se déplace sur la scène comme un maître de danse jusqu’au bout des doigts, de même le soldat (Joan Mompart) qui ne ménage pas ses efforts pour suivre sa route ardue, le diable (Omar Porras) n’en fait évidemment qu’à sa tête et la princesse (Maëlla Jan) s’en laisse subtilement conter. N’oublions pas non plus, et comment le pourrait-on, le digne curé (Alexandre Ethève). Dès qu’un scintillement surgit – merveille des yeux et effroi du cœur -, on se doute que le Malin n’est pas loin et se joue avec malice de tous, des personnages du conte, comme des spectateurs assis non loin du territoire de magie et de musique. L’espace de la scène s’amuse des formes et des couleurs, dessinant une toile aux images inventives dont l’onirisme ondoyant ne cesse à la fois de se renouveler et de varier.

Papillons qui volètent, violon enfantin et précieux, masques (Fredy Porras) de comédiens facétieux et goguenards, tous danseurs élégants et aériens, la scène est un émerveillement plein de délicatesse, un songe qu’on aimerait voir perdurer, quand s’arrête la musique de l’Ensemble 2e2m, sous la direction de Benoît Willmann. L’imaginaire des petits et des grands s’est donné un bon coup de fouet régénérateur pour ré-affronter l’extérieur et la vie qui va cahin-caha, en ces temps cruels.

Véronique Hotte

Théâtre 71 – Scène Nationale de Malakoff, du 17 au 27 novembre. Tél : 01 55 48 91 00. Comédie de Caen, les 2 et 3 décembre. Tél : 02 31 46 27 27. Théâtre du Nord, Lille. Tél : 03 20 14 24 24

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