Ils ne sont pas encore tous là, d’après La Cerisaie de Tchekhov, mise en scène de Chantal Morel

Crédit photo : Sylvain Lubac

 

Ils ne sont pas encore tous là …, d’après La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène de Chantal Morelce qui ,répé 3 nov (34)

 

 

Non, ils ne sont pas encore tous là, les personnages de La Cerisaie de Tchekhov, et le public les attendra en vain, dès leur descente de train qui ne les verra pas apparaître, si ce n’est que les trois qui sont là, après s’être acquitté du parcours de la gare à la maison, jouent les sept personnages essentiels de la comédie dramatique.

Pour sa mise en scène à elle de La Cerisaie, Chantal Morel – déterminée et enthousiaste – fait appel au patrimoine théâtral auquel on pense si peu et utilise les archives sonores qui viennent des mises en scène de Jean-Louis Barrault, Peter Brook, Alain Françon, Giorgio Strehler, Georges Lavaudant, Stanislavski …. Avec les voix, entre autres, de Madeleine Renaud, Marie-Hélène Dasté, Dominique Valadié, Didier Sandre, Julie Pilod, Michel Piccoli, Patrick Pineau, Jean-Paul Roussillon… Un bonheur de reconnaissance et de souvenir ému des grandes mises en scène.

Mais ils sont trois comédiens bien vivants sur la scène – Marie Payen, Nicolas Struve et Line Wiblé – dont le jeu d’acteur va jusqu’à assurer sept personnages sur l’ensemble que compte la pièce : Lioubov, la propriétaire du domaine de la cerisaie et sa fille Ania, le marchand Lopakhine, le frère de Lioubov – Gaïev -, l’étudiant –Trophimov -, la fille adoptive de Lioubov – Dounachia -, et le vieux serviteur Firs. Telle est l’histoire que le trio s’apprête à conter, tandis que le sifflet du train se fait entendre, laissant ses passagers hébétés sur le quai embrumé de la gare.        Ainsi, se lance « in medias res » l’équipe de création au début de l’intrigue : « Après la mort de son fils, noyé dans la rivière, Lioubov s’est exilée à Paris. Cela fait cinq ans. Aujourd’hui, elle rentre retrouver les siens dans la maison familiale, Gaev, son frère, Varia, sa fille adoptive, Firs, le vieux serviteur… Une demeure ouverte sur une cerisaie, la plus grande et la plus belle de toute la région. Ruinée, Lioubov est obligée d’envisager de vendre la propriété. Une vente aux enchères est prévue dans l’été, d’ici trois semaines… Lopakhine, marchand, fils d’anciens serfs de Lioubov, propose de diviser la propriété en villas et de les louer à des estivants … Lioubov et Gaïev ne peuvent prendre au sérieux une telle proposition … Ils semblent attendre l’issue tragique, simplement attendre… »

Il suffit de pans de rideaux romantiques de théâtre descendus des hauteurs, un canapé usagé, quelques vieilles chaises : le tour est joué, la scène théâtrale advient dans l’humilité et la grandeur. La tristesse des affects installe d’emblée sa résonance poétique – mélancolie et vague à l’âme -, entre larmes du cœur et du corps, et rires joyeusement moqueurs : comment pourrait-on vendre la cerisaie ? Impossible !

Et la vie continue, en dépit de tout, et Lioubov, fidèle à la demeure de son enfance, aperçoit la silhouette de sa mère en robe blanche se mouvoir entre les cerisiers, comme si elle-même était restée petite fille. Il n’est pas possible que la cerisaie soit vendue, ce serait bafouer la mémoire, l’histoire familiale et les rêves de l’imaginaire : l’apport financier d’une tante fortunée suffira peut-être au paiement des dettes. Or, après le bal, le marchand Lopakhine et Gaïev, le frère de Lioubov, reviennent de la ville après la vente : l’ancien fils de serf – Lopakhine – a racheté le domaine.

Pour les anciens maîtres, il faut l’admettre : les disparus ne reviennent pas, tandis que la marche de la vie exige qu’on aille toujours de l’avant. Lioubov – émouvante Marie Payen, à la fois gaie et douloureuse – retournera à Paris rejoindre son amant qui la rappelle. Dounachia – Line Wiblé -, paisible et au silence éloquent – sera gouvernante ailleurs, à trente verstes de là ; elle n’épousera pas Lopakhine – Nicolas Struve, plein de bonhomie et de clairvoyance – qui, bien qu’il aime la jeune femme, ne la demandera jamais en mariage, et le vieux Firs finira ses jours à l’hôpital.

 

Véronique Hotte

 

Salle de répétition du Théâtre du Soleil, du 9 novembre au 6 décembre à 20h, samedi 4 décembre à 15h et 20h, dimanche 15h, relâche du 24 au 27 novembre et du 30 novembre au 4 décembre

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