Voltaire par François Jacob (inédit), Éditions Gallimard Folio Biographies

Voltaire par François Jacob (inédit), Éditions Gallimard Folio Biographies N°126, 336 p/9,00€

A46139

Qui est Voltaire (1694-1778) ? Un ensemble d’identités remarquables : l’apôtre de la tolérance, avec la défense des Calas et d’autres ; le promoteur d’une nouvelle écriture de l’Histoire avec le Siècle de Louis XIV et l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations ; un financier encore, un homme d’affaires ; un homme de théâtre enfin.

François Jacob, conservateur de la Bibliothèque de Genève en charge de l’Institut et Musée Voltaire, a consacré la majeure partie de sa recherche au dix-huitième siècle, à des ouvrages sur Voltaire et Rousseau. Il travaille actuellement à la réception de Voltaire et participe à l’édition de son Théâtre aux éditions Classiques Garnier.

En effet, au collège jésuite Louis-Le-Grand, Voltaire a bénéficié non seulement de cet esprit moderne qui considère l’histoire et la géographie comme une partie essentielle de l’éducation de la jeunesse, mais aussi de l’importance accordée aux représentations théâtrales : « Nulle part elles n’eurent plus d’éclat que rue Saint-Jacques, ne montrèrent plus d’initiative, et n’exercèrent plus d’influence » (Gustave Dupont-Ferrier). Une éducation chrétienne est en même temps donnée au jeune Arouet dont la visée est aussi mondaine, selon les détracteurs de la Compagnie. Après sept années de collège, c’est dans la résidence secondaire parentale de Châtenay que le père, demandant au jeune homme ce qu’il compte faire de sa vie, entend avec une certaine horreur parler de lettres, de poésie et de chansons.

À la Cour de Sceaux, l’étudiant compose des contes et pièces de circonstance.

Mais c’est en Hollande que Voltaire trouve la modernité « dont le mode de civilisation, fondé sur la liberté de penser, lui plaît infiniment », quelque chose d’essentiel sur le plan de l’interprétation de la vie de l’écrivain, soit la prise de conscience de l’iniquité et du caractère dépassé de la société d’Ancien Régime :  la « forme avancée de la civilisation européenne », selon René Pomeau. Le jeune Voltaire écrit nombre de pièces, Mariamne qu’il remanie en Mariamne et Hérode, selon les réceptions heureuses ou bien malheureuses de ses pièces, L’Indiscret… Chez la baronne de Fontaine-Martel, Voltaire établit un petit théâtre : à l’heure où, l’inspiration aidant, il travaille à la fois à Zaïre, à Ériphyle, peut-être encore à La Mort de César et bientôt à Adélaïde Du Guesclin, disposant d’un premier public et d’une scène : « Atelier, laboratoire, rampe d’essai : les mots employés pour qualifier la petite « comédie » de la rue des Bons-Enfants disent assez son importance. Peut-être Voltaire s’en souviendra-t-il, à l’heure de l’exil genevois et du théâtre de Ferney », note François Jacob. La pièce Zaïre restera le plus grand succès du dramaturge, créée à la Comédie-Française d’abord en août 1732, puis retravaillée et reprise avec grand succès à Fontainebleau devant le Roi, en octobre 1732. Voltaire y joue son rôle – celui du vieillard Lusignan, père de Zaïre et Nérestan. L’écrivain commente dans le Mercure : « L’idée me vint de faire le contraste dans un même tableau, d’un côté, l’honneur, la naissance, la patrie, la religion ; et de l’autre, l’amour le plus tendre et le plus malheureux ; les mœurs des mahométans et celles des chrétiens, la cour d’un soudan, et celle d’un Roi de France, et de faire paraître pour la première fois des Français sur la scène tragique. » Un peu plus tard, pendant que Voltaire et la belle Émilie du Châtelet filent le parfait amour, les Lettres anglaises, ou désormais Lettres philosophiques, commence à circuler en Angleterre. Quant à Mahomet, le dramaturge en adresse copie à son ami Frédéric II, en octobre 1940 : « Poussé par « l’amour du genre humain » et « l’horreur du fanatisme », il voulait remonter jusqu’à « ces anciens scélérats » qui, les premiers, ayant pris le « couteau sur l’autel » afin d’égorger « ceux qui refusaient d’être leurs disciples. » Quant au succès de Candide, il est immédiat : plus de vingt mille exemplaires – chiffre exceptionnel pour l’époque – en sont diffusés pour la seule année 1759. François Jacob remarque qu’on y retrouve tout à la fois le fil des événements vécus (tremblement de terre de Lisbonne, guerre de Sept Ans) et un reflet des questions nourries par le séjour de Voltaire aux Délices : querelle de l’optimisme, identification de la nature du mal, interrogation sur la place de l’homme ici-bas.

Aujourd’hui, les Délices sont devenus à la fois un centre de documentation sur Voltaire et le XVIII é siècle, un musée et un lieu de recherche sur les Lumières, époque où Voltaire s’est fait l’icône mythique de tout un peuple.

Cette biographie – une vision d’un adepte des idées novatrices – est passionnante.

Véronique Hotte

Voltaire par François Jacob (inédit), Éditions Gallimard Folio Biographies N°126, 336 p/9,00€

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s