Onomatopée – TG Stan – De Koe – Dood Paard – Maatschappij Discordia – Festival d’Automne à Paris – Théâtre de la Bastille

Crédit photo : Sanne Peper

 Onomatopee 02 -® Sanne Peper

 

Onomatopée – TG Stan – De Koe – Dood Paard – Maatschappij Discordia – Festival d’Automne à Paris – Théâtre de la Bastille

À vue sur la scène, l’espace encombré d’une arrière-salle, telles les coulisses d’un café, – véritable théâtre des opérations culinaires ou bien atelier de bricolage et de menuiserie -, où les garçons affairés trouvent le temps de s’en griller une. En guise de mur paravent, du papier blanc tendu sur une structure de bois fragile – un support artisanal de baguettes et de tasseaux avec une porte tapante de va-et-vient traditionnel qui sépare la cuisine secrète de la salle de café ou de restaurant.

Le thème de la soirée pourrait être la couleur blanche, tant les cinq garçons paradent avec leur veste éblouissante à galons, façon « Royal Navy ». Le public installé à même le plateau, sur des gradins de chaises, domine cet espace scénique confiné et aléatoire, de bric et de broc, où les histrions de la restauration – des comiques en puissance – se reposent, fixant le spectateur de leur regard lointain. Autour d’une table minuscule, les baladins prennent un thé à la menthe ou bien un café, servi dans des récipients à dimension de dé. Paradoxalement, on casse au marteau un morceau de sucre brut bien trop encombrant, l’occasion de disserter à l’emporte-pièce sur cette substance à saveur douce, dite marocaine ou berbère. Les acteurs, sourire en coin, s’amusent et amusent le public, le scrutant en silence et prenant plaisir à de longs espaces sonores non parlés où l’on se regarde – une manière aimable et conviviale de partager le lieu et l’instant de la représentation -, quand chute inévitablement un corps maladroit qui se renverse, ou bien un objet. Les pieds-nickelés de cette arrière-salle confinée égrainent toute une série de gags, en donnant à voir les ratés et les lapsus du mouvement, les défaillances, les glissements et les glissades, les tombées et les butées, les quiproquos gestuels et les déplacements inaboutis. À l’honneur donc, le chaos, le vide et la vanité des conversations passagères et légères ; aussi, le ridicule d’objets démesurément petits pour un usage quotidien. Les interprètes se font les victimes d’une réalité absurde dont ils échappent avec art, des clowns graves pour situations loufoques. Les garçons bienveillants s’adressent à la salle muette, provoquant le rire. Une banderole surplombe le plateau dont le manifeste cocasse reste approximatif : « L’élan spontané a disparu de l’environnement néolibéral que la société est (après tout) devenue à présent. » Un slogan pour interpeler un qui-vive immédiat et politique.

Commencera-t-on ou ne commencera-t-on pas le spectacle ? Un interprète piétine d’impatience, les autres le réprimandent en l’accusant de précipitation et de stress. De conversations à peine entamées à d’autres plus confuses, la représentation se poursuit en cheminant dans le vide et le rien, des variations sur le temps et l’instant. Puis, au bout d’une heure d’extravagance et de peu de matière – une prise en otage facile de spectateurs qui attendent la « représentation » -, survient l’action et son chaos post-moderne. De l’autre côté de la paroi fragile de papier, les garçons s’affairent bruyamment, et les coups violents qu’on donne quand on déménage se font entendre. Apparaissent des têtes animales – gibier potentiel qui peut finir dans les casseroles –, celles-ci percent la muraille de papier : têtes de sanglier et de cerfs, de bouquetins et autres empaillés – signes de bestialité et de violence chasseresse. La toile blanche est entièrement déchirée et les accessoires-outils se détachent à vue, baguettes de bois, étais et poutres déposés : le public est invité à se déplacer pour contourner ce capharnaüm, rejoignant les fauteuils classiques de la salle.

Du thème du blanc, on est passé au thème du noir, les garçons facétieux et turbulents ont quitté leur veste blanche pour apparaître en débardeurs noirs. Sous un luminaire de fortune, chacun y va de sa partition d’onomatopées ludiques et littéraires, écrites sur un papier : des imitations de cris et de bruits, de bribes de chansons et de dictons – bruits naturels et sons produits par les animaux et par les humains, cris et chants d’oiseaux. L’oralité joueuse et spontanée concerne chacun de ces déclamateurs qui peuvent chanter : « C’est la Mère Michel qui a perdu son chat…chat…chat… » Or, la forme taquine trouve sa fin en elle-même, selon les limites du genre comique. Le spectacle de bateleurs pleins de verve se contente de facéties, sans respirer jamais le souffle libérateur d’une ouverture autre à venir.

Véronique Hotte

Festival d’Automne à Paris – Théâtre de la Bastille, du 19 octobre au 6 novembre à 20h, relâche les 24, 25, 31 octobre et 1er novembre. Tél : 01 43 57 42 14

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