L’Avare de Molière, mise en scène de Jacques Osinski

L’Avare de Molière, mise en scène de Jacques Osinski

Crédit photo : Pierre Grosbois

 

L'AVARE de Molière mise en scène Jacques Osinski dramaturgie Marie Potonet scénographie Christophe Ouvrard costumes Hélène Kritikos lumières Catherine Verheyde avec Christine Brücher, Jean-Claude Frissung, Clément Clavel, Delphine Hecquet, Alice Le Strat, Baptiste Roussillon, Arnaud Simon, Alexandre Steiger

L’AVARE
de Molière
mise en scène Jacques Osinski
dramaturgie Marie Potonet
scénographie Christophe Ouvrard
costumes Hélène Kritikos
lumières Catherine Verheyde
avec Christine Brücher, Jean-Claude Frissung, Clément Clavel, Delphine Hecquet, Alice Le Strat, Baptiste Roussillon, Arnaud Simon, Alexandre Steiger

« L’argent consume les hommes », dit un proverbe laconique du XIIème siècle. »

En ce début du IIIème millénaire, l’économie, la finance, la Bourse – l’argent, en un seul mot – imposent leur arrogance redoutable qui piétine et ignore la politique, le droit, la morale, déployant l’allégorie d’un monde décidément « mondialisé ».

En avoir ou pas, le cheminement économique et social du citoyen mène diversement à l’aisance, la richesse ou le besoin, la pauvreté et la misère. Ces lignes de vie opposées croisent simultanément l’avidité individuelle, l’intérêt ou le désintéressement que révèlent des comportements divers dans ce rapport au bien « sonnant et trébuchant » : soit la dépense d’un côté, et la rétention de l’autre – avec les gestes significatifs de thésaurisation, d’avarice et de pingrerie.

Vouloir acquérir de l’argent implique une activité conflictuelle, une lutte pour la vie, gagner, perdre, donner, voler, investir, dilapider…

Qu’en est-il d’Harpagon, figure emblématique et personnage éponyme de L’Avare, qui s’adonne, sous cape, à prêter avec intérêt pour toujours mieux investir ? Son fils est l’emprunteur du fesse-mathieu anonyme qui le réduit à vivre sur la paille.

Le metteur en scène Jacques Osinski monte la pièce en considérant Harpagon comme un être malheureux qui espère échapper à la mort en se cramponnant à sa cassette : « En retenant son argent, c’est la transmission naturelle parents-enfants qu’Harpagon met en échec. En ne partageant pas son bien avec sa descendance, il garde tout pouvoir sur leur vie. » Ce comportement est quelque peu paradoxal de la part d’un homme qui semble ne rien éprouver sentimentalement pour ses proches, et qui entretient avec méthode la dépendance obligée et amère de ses enfants. L’avarice, une arme qui empêche la séparation, retient l’argent et arrête le temps.

Un espace vide, fonctionnel et cossu, telle est la demeure du bourgeois, dont la scénographie revient à Christophe Ouvrard – large baie vitrée et voilée de rideaux où transparaît une lumière fatiguée, beaux lambris de bois rouge brun qui revêtent les murs, espaces de travail habillés dont un frigo désespérément désempli, sans oublier le coffre-fort avec son code personnel, meuble caché et tapi dans un mur tapissé.

L’atmosphère feutrée et silencieuse respire la rigidité, la tenue et la retenue imposée.

Les vêtements seventies de la costumière Hélène Kritikos dégagent l’élégance, le raffinement discret et le plaisir autorisés, petites robes épurées pour les vives demoiselles – Delphine Hecquet (Marianne) et Alice Le Strat (Élise) -, robe imprimée pour la dame entremetteuse et rouée – Christine Brücher (Frosine) -, et la simplicité efficace du costume cravate pour les jeunes gens – Arnaud Simon (Cléante) et Alexandre Steiger (Valère). Même le malicieux et fieffé valet La Flèche (Clément Clavel) jouit d’un panache naturel de distinction et de bien-être au monde. Quant à Maître Jacques (Baptiste Roussillon), il est un cuisinier et palefrenier raisonneur.

Harpagon est vêtu sobrement en bourgeois austère, et Jean-Claude Frissung dans le rôle – une lampe lumière fixée sur le front, tel un bijoutier – paraît presque honnête, attachant et touchant, tant il semble enfermé, corps et âme, dans la solitude de qui s’est écarté du monde pour ne converser qu’avec soi, hors du commerce humain.

Son fils Cléante le tance et l’anime, s’opposant à la loi paternelle dans un beau duel cadencé, verbal et gestuel, une figure de la jeunesse déjà avide d’en découdre. Ce fils à l’allure altière de grand oiseau dégingandé est cependant posé et maître de lui, au-delà de ses coups de griffe et de colère. Il s’interroge, face à sœur et complice Élise, qui n’en pense pas moins : « Et que nous servira d’avoir du bien, s’il ne nous vient que dans le temps que nous ne serons plus dans le bel âge d’en jouir … » Souverain, Harpagon répond tranquillement à ses enfants, sans jamais rien faire paraître de ses troubles et de ses souffrances intimes, sans nulle précipitation ni emportement. Les échanges, de part et d’autre, suivent une dialectique imparable que le spectateur suit avec une attention et un intérêt réels : nulle caricature dans les propos jetés à la face de l’interlocuteur, mais des relations matures de personnes éclairées qui se fréquentent au jour le jour et s’obligent à raisonner patiemment et à échanger pour mieux comprendre le monde, en repoussant les ombres et les doutes.

Véronique Hotte

Théâtre Jean Vilar à Suresnes, les 7, 8 et 9 octobre.

Théâtre Jean Arp à Clamart, du 5 au 14 novembre

Théâtre de Bourg en Bresse, 1er et 2 décembre

Théâtre de Caen, du 26 au 29 janvier.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s