Platonov de Anton Tchekhov, Édition de Roger Grenier. Traduit par Elsa Triolet, Collection Folio Théâtre, Éditions Gallimard

Platonov de Anton Tchekhov, Édition de Roger Grenier. Traduit par Elsa Triolet, Collection Folio Théâtre, Éditions Gallimard

 

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

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La préface de Roger Grenier de Platonov de Tchekhov dans la traduction d’Elsa Triolet présente la vie de l’auteur comme un roman d’aventures, bien malgré lui. Tchekhov poursuit ses études de médecine tout en travaillant pour subvenir aux besoins de sa famille ruinée : il devient journaliste et écrit des contes, tandis que la passion du théâtre le mine depuis l’âge de treize ans, inventant vaudevilles et saynètes à n’en plus finir. Le film de René Féret, Anton Tchekhov 1890 (2015), est à ce titre une évocation juste de la jeunesse déjà avancée du dramaturge, donnant à voir un portrait intimiste, artistique et politique de l’écrivain médecin, pris en tenaille morale par ses proches auxquels il porte constamment secours d’un côté, et sa passion poétique, de l’autre. Or, dix ans auparavant, Tchekhov n’a qu’une vingtaine d’années quand il entreprend d’écrire Platonov, durant l’hiver 1880. La pièce emblématique donne vie à des créatures malheureuses et velléitaires qui se débattent dans la confusion et l’obscurité, autour de l’instituteur Platonov, beau parleur et grand séducteur à la mèche désabusée. Une cascade d’événements romanesques se produit avant que l’intrigue ne s’achève sur un meurtre – un dénouement étrange -, le seul du théâtre de Tchekhov. Pour le préfacier, l’originalité des pièces de Tchekhov tient à ce qu’elles n’ont pas de construction apparente, tel que serait un théâtre sans action ou du moins, sans péripéties, qui « semble fait de l’heure qui passe, de choses tues, d’un peu de musique ». Un être, particulièrement sensible et cultivé, qui a perdu ses ambitions par les aléas de la vie et un peu de lâcheté, du nom de Platonov, se débat, blessé à mort, au milieu de personnes éclairées qui disent des sottises et d’autres plus obtuses desquelles s’échappe pourtant de temps à autre une parole profonde. Roger Grenier conclut : « Dans cet art, hésitant comme la vie, chaque instant semble raté. Leur succession laisse un goût d’inaccompli qui est le vrai sujet. On sait que rien ne va changer, que tout va se répéter. On pleure sur le passé et on parle de l’avenir, sans y croire. Le ressort dramatique, c’est que les jours passent et qu’il ne se passe rien. Le temps, qui est devenu le personnage principal du roman moderne, est déjà une conquête du théâtre tchékhovien. » Jouant déjà inconsciemment avec le temps et le destin, la pièce a été perdue puis retrouvée en 1920. Elle ne fut créée en France qu’en 1956 au T.N.P. par Jean Vilar, sous le titre de « Ce fou de Platonov ». Dans l’annonce de ses thèmes fondateurs – personnages à la dérive, solitaires méditatifs qui passent de l’exaltation à la culpabilité dans un monde où sévissent la sottise, l‘ivrognerie et la folie -, la pièce contemporaine demeure à jamais attachante, touchant juste le cœur.

Véronique Hotte

Platonov de Anton Tchekhov, Folio Théâtre N°163 / 5,80 € / 416 p, Édition de Roger Grenier. Traduit par Elsa Triolet, Éditions Gallimard

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