Journal d’une apparition, d’après Robert Desnos, adaptation et mise en scène de Gabriel Dufay

Crédit photo : Vladimir Vatsev

Journal d'une apparition 02@Vladimir Vatsev

Journal d’une apparition, d’après Robert Desnos, adaptation et mise en scène de Gabriel Dufay

 

La nuit enveloppante, les insomnies agacées, l’impossibilité de trouver le repos ou le sommeil, la fameuse et redoutable angoisse existentielle, tels sont les chemins préparatoires à la réception de visions, de fantômes et de « surprises » pour le veilleur Robert Desnos, rédacteur du Journal d’une apparition, en 1926 et 1927. L’œuvre entre en résonance avec deux recueils contemporains de poèmes, À la mystérieuse et Les Ténèbres, une époque où le poète découvre Méliès, Louis Feuillade, Musidora, Nosferatu, Fantômas et les fantômes de l’orée du cinéma.

La mise en scène de Gabriel Dufay du spectacle inspiré par Desnos en 2015, qui multiplie, en jouant du théâtre d’ombres, les allusions aux spectres, aux « rêves de la nuit transposés sur l’écran », à la figure populaire et enfantine avant l’heure de Fantômette, correspond au soixante-dixième anniversaire de la mort du poète dans les camps de Terezin. Yvonne George est l’inaccessible sur laquelle le poète a jeté son dévolu, l’aimant sans retour des années durant jusqu’à la mort de la chanteuse de cabaret, en 1930. La disparue est remplacée plus tard par Youki Foujita, reine du Montparnasse des années 30, qui devient sa compagne. L’amour semble payé de retour, enfin.

Pour l’acteur et metteur en scène Gabriel Dufay, admirateur du poète et veilleur auquel il s’identifie sur le plateau, « Yvonne et Youki sont les deux branches d’une même étoile ou les deux bras d’une même sirène, entre amour idéalisé et amour accompli. » Du Journal d’une apparition en passant par À la mystérieuse et Les Ténèbres, se poursuit de Yvonne à Youki la même correspondance à l’aimée. Les ombres, les réminiscences de ces deux belles mystérieuses filent la matière poétique des déclarations, envolées lyriques et incantations oratoires de l’amoureux. La belle désigne aussi la figure emblématique de l’amour, celui de la révolte contre les haines et la tyrannie, de l’engagement pour « la vérité » et la passion d’écrire.

Le public est invité à pénétrer dans la chambre de l’insomniaque où celui-ci repose sur un lit de fer que recouvrent des draps blancs tandis que d’autres draps blancs dessinent les murs sur l’un desquels une fenêtre autorise la contemplation lunaire. Derrière les tentures immaculées – le jeu de l’ombre et la lumière-, une silhouette féminine dessine sa présence sur les parois de l’imaginaire – une même apparition mouvante en combinaison tandis que le faux dormeur enfile le masque de Fantômas. La balance penche franchement du côté de l’onirisme, du rêve enchanteur et du songe charmant plutôt que du réalisme, du raisonnement et du contrôle de soi. Gabriel Dufay est Robert Desnos, dégaine et bagout d’une époque, panache et esbroufe désuets, interprétant la folie créatrice d’images fidèles au mythe de l’amour.

Le comédien habité parle la poésie, comme il irait acheter le journal ; le spectateur le suit et l’entend, attiré par cet idéalisme naïf et heureux accordé au pouvoir du verbe.   La parole poétique décline sur la scène ses merveilles, au gré de l’espoir et du désir, sous les notes de piano du musicien Antoine Bataille et à travers la danse de la comédienne Pauline Masson, qui chante joliment à l’occasion, si l’on fait abstraction d’une représentation quelque peu dépréciative et banale de femme-objet glamour.

Véronique Hotte

Théâtre National de Chaillot, du 2 au 17 octobre. Tél : 01 53 65 30 00

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