Catherine et Christian – Collectif In Vitro – Julie Deliquet

Crédit photo : Sabine Bouffelle

C&C_InVitro_1542_©sabine bouffelle

Catherine et Christian (fin de partie), création collective, mise en scène Julie Deliquet – Festival d’Automne à Paris au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis

 

La nouvelle création collective de la compagnie In Vitro, Catherine et Christian, mise en scène par Julie Deliquet, consiste en un épilogue à la trilogie théâtrale balayant l’époque des années 1970 jusqu’aux années 1990, Derniers Remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce (2009), La Noce de Bertolt Brecht (2011) et Nous sommes seuls maintenant (2013). Avec ce quatrième volet, Julie Deliquet préfère l’idée d’ouverture d’une nouvelle ère à celle de clôture de la précédente. La situation scénique présente sa génération : les progénitures de parents nés autour de 1950.

Catherine Eckerlé et Christian Drillaud, les anciens historiques, apparaissent en vidéo au début du spectacle, échangeant aussi sincèrement que possible, avec humour et gaieté, sur une mort respective qui n’est entrevue que lointainement.

Dans le premier temps du processus de création, lors des répétitions, ces tuteurs symboliques qui tiennent le rôle des parents, ont été présents physiquement sur le plateau. Or, le public ne les verra plus sur scène In Vivo puisqu’ils sont décédés, l’un ou l’autre, en alternance. Quand l’image du film des parents vivants disparaît sur le plateau, advient brutalement le présent immédiat du deuil silencieux de leur perte. Ne sont présents, d’une façon chorale, que le quatuor filial de garçons et de leurs compagnes, suivi d’un trio de filles accompagnées de leur conjoint respectif et de leurs beaux-frères – des quarantenaires, personnages filiaux inventés et bien de leur temps que le spectateur observe à vue. Les scènes s’échangent d’une fratrie à l’autre – comme les acteurs passent d’un rôle à l’autre -, dans des transitions fluides et subtiles, à travers un personnage extérieur à la famille. La serveuse légère de restaurant devient, sans qu’on s’y attende, la plus jeune des trois sœurs – actrice sensible -, ou bien, une petite amie de passage du benjamin des quatre frères se métamorphose malgré elle en témoin privilégié d’une scène conflictuelle de violence verbale, ou bien encore la compagne du fils resté au pays qui se fait, plus tard, l’aide à domicile de la mère malade. Dans la salle d’un restaurant de province, le public est convié à une réunion familiale post-obsèques. Ces instants fragiles et de qualité se voudraient apaisants mais voguent entre douleur et douceur de retrouvailles, les souvenirs amers de mal-être de tel ou tel – l’aîné ou le benjamin -, de jalousies et d’envies, sur un fond de convivialité et de partage heureux d’une enfance éternelle.

La situation de groupe, entre spontanéité des êtres et calcul du comportement social convoque de nombreuses références, ainsi le film de Chéreau, Ceux qui m’aiment prendront le train (1998), la pièce Remords avant l’oubli de Lagarce et d’autres textes du même auteur, ou celle des Trois Sœurs de Tchekhov. L’univers décrit – universel et atemporel – a recours à la teneur intime de l’existence dans les relations fraternelles et sororales, issues d’un rapport personnel obligé au père et à la mère. La même émotion, forte et vivante, est perceptible dans chacun des personnages, composée des mouvements de l’âme abandonnée qui effleurent le public en même temps, dans une traversée en eaux profondes de sentiments à la fois chers et cruels.

Fils et filles, compagnes et compagnons, présences extérieures aux crises vécues, membres nouveaux des familles recomposées, tous tentent d’assumer le jeu d’un passage accompli vers la maturité, dans la mise à distance nécessaire de leurs origines, qui rivaient définitivement leur barque rêveuse au seul quai parental.

Un spectacle collectif débordant de vie et d’humilité, au milieu de tables de nappe blanche de salle de restaurant, verres à pied et bouteilles posées sur une desserte.

Véronique Hotte

Théâtre Gérard Philipe – Festival d’automne à Paris, du 24 septembre au 16 octobre. Tél : 01 48 13 70 00 www.theatregerardphilipe.com / 01 53 45 17 17 www.festival-automne.com

Théâtre Romain Rolland de Villejuif, du 3 au 7 novembre

La Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-la-Vallée, les 21 et 22 novembre

Théâtre Paul Eluard de Choisy-le-Roi, scène conventionnée, le 27 novembre.

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