Les Sonnets de Shakespeare, mise en scène de Richard Brunel, avec Norah Krief

Crédit Photo : Jean-Louis Fernandez

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Les Sonnets de Shakespeare, texte William Shakespeare, traduction, adaptation Pascal Collin, composition et direction musicale, Frédéric Fresson, direction artistique Richard Brunel, chant Norah Krief

 

Les Sonnets de Shakespeare, dits aussi Les Sonnets, rassemblent plus de cent-cinquante poèmes dédiés à l’amour, à la beauté et à la brièveté de la vie : « Alors je fais la guerre au temps puisque je t’aime Et ce qu’il prend de toi je te le restitue. » Que ce soit le quiproquo amoureux, situation où l’on n’aime pas qui l’on devrait, que ce soit l’éblouissement de la beauté de l’ami célébré, que ce soit le comportement équivoque d’une maîtresse infidèle, le thème d’inspiration poétique tient au désir incertain – aspirations profondes, contradictions intimes et mouvements bousculés. : « Ton amour, ta tendresse effacent le vulgaire Emblème du scandale imprimé sur mon front Qu’on dise alors de moi bien ou mal je m’en fous Si tu blanchis mon vice et dores ma vertu. » Le chemin personnel qui mène à la reconnaissance, à l’amour ou à la gloire est semé d’embûches – contrariétés, sentiments ambivalents et jalousies, à l’intérieur d’une existence sentie comme évanescente dès qu’on veut la retenir :

« Tu es pour moi le monde… Tu es pour moi l’unique, aucun autre ne peut Changer ma soif du pire en désir du meilleur. »

Le poète amoureux ne semble pas recevoir de réponse de l’être aimé, nulle consolation, et l’apparition de la femme apporte un désordre plus grand dans l’entrelacement des désirs de ces trois personnages – l’amant, l’aimé et l’aimée.

La douleur de la non-réciprocité des sentiments donne à la parole libérée une belle ardeur : l’écriture ciselée, juste et acérée trouve sa légitimité dans la nécessité de se confier. La fin du recueil de sonnets résonne de façon plus apaisée avec le consentement à la vieillesse et l’acceptation de la mort, telle une leçon de philosophie.

Les sonnets résonnent comme des chansons, un envol de paroles poétiques interpelant, maudissant la vie, ou bien suppliant l’amant à travers prières, serments et regrets. Et c’est avec un plaisir étrange que l’on écoute ces si jolis pleurs amers : « Fatiguée de ce monde je demande à mourir lassée de voir qu’un homme intègre doit mendier quand à côté de lui des nullités notoires se vautrent dans le luxe et l’amour du public, qu’on s’amuse à cracher sur la sincérité, que les places d’honneur sont pour les plus indignes… Fatiguée de tout ça, je veux quitter ce monde sauf que si je me tue, mon amour sera seul.»

La relation au monde et à la vie ne quitte pas le prisonnier amoureux et jaloux.

Comme posée sur le plateau d’un cabaret – miroirs sans tain et loge de comédienne, entre instruments et panoplies d’artistes, masculines et féminines, pantalons, robes et voiles – Norah Krief chante ces poèmes avec amusement, facétie et passion.

Accompagnée de ses trois musiciens – Philippe Floris à la batterie et aux percussions, Frédéric Fresson au piano et Philippe Thibault à la basse, elle danse et vole de l’un à l’autre, sûre de ses appâts, sollicitant ses partenaires ou bien les rejetant, épousant avec énergie le rythme musical installé – pop, rock, world, refrains et mélodies anciennes. Familière de la langue de Shakespeare, elle passe du français à l’anglais, de la gaieté à la mélancolie, de l’humour aux pincements du cœur, traversant toutes les ondes que dégage un monde brutal et mensonger.

En échange, reste la voix acidulée de l’interprète, sa liberté sur la scène et ses sourires naturels au milieu des regrets de la fuite éperdue du temps et des amours.

Véronique Hotte

Théâtre de La Bastille, du 21 septembre au 3 octobre à 20h, et du 5 octobre au 9 octobre à 21h, relâches les dimanches. Tél : 01 43 57 42 14

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