Battlefield, d’après le Mahabharata et la pièce de Jean-Claude Carrière, adaptation et mise en scène de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne

Crédit Photo : Pascal Victor

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Battlefield, d’après le Mahabharata et la pièce de Jean-Claude Carrière, adaptation et mise en scène de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne

 

« Le Mahabharata est une épopée, avec des héros et des dieux, des animaux fabuleux. En même temps, l’œuvre est intime. C’est-à-dire que les personnages sont vulnérables, pleins de contradictions, totalement humains », note Peter Brook qui en crée la mise en scène, en 1985, au Festival d’Avignon.

Le Mahabarata est l’une des grandes épopées de l’Inde ancienne, avec le Ramayana. Or, la « grande histoire des Bharata » consiste en l’histoire politique de l’Inde ancienne, la guerre fratricide entre les Pandava et les Kaurava, membres de la famille royale et descendants des dieux pour le trône de l’Inde, autant dire du monde. L’épopée immense, l’un des plus anciens livres de l’humanité, comptant près de douze mille pages, recèle l’un des fondements de la culture indienne ; elle inspire la religion, l’histoire et la pensée indienne. Sa mémoire vit encore dans l’Inde actuelle, en Inde du Sud notamment, transmise par les conteurs.

Dans leur avant-propos, Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, les metteurs en scène de Battlefield – «Champ de bataille », un épisode inédit du Mahabharata – estiment que l’œuvre, écrite il y a des milliards d’années, indique aux hommes de façon singulière, comment ouvrir leurs yeux à ce que la réalité de leur vie demande.

La grande guerre d’extermination qui déchire cette même famille de Bharata finit par donner la « victoire » – mais à quel prix, autant parler d’une « défaite » magistrale, vu les millions de cadavres qui couvrent le sol boueux et sanglant de ce triste champ de bataille – aux Pandava, dont Yudishtira, l’aîné des cinq frères, doit monter à présent sur le trône. Avec le vieux roi Dritarashtra, son oncle aveugle et défait puisqu’il vient de perdre ses cent fils, le nouveau conquérant partage un même chagrin, un même remords et sentiment de culpabilité. Chacun doit pourtant assumer son rôle de responsable, en imposant la paix non seulement sur la terre mais en soi.

Quand Krishna indique au vainqueur qu’il n’aura plus de choix désormais entre la guerre et la paix, et que celui-ci lui demande la teneur du nouveau dilemme, le sage répond qu’il consistera à se déterminer entre une guerre et une autre guerre encore. À la question : « Où prendra place cette autre guerre, sur le champ de bataille ou dans mon cœur ? », Krishna répond qu’il ne voit pas là de réelle différence.

Le spectateur retrouve, d’un côté, des rappels de situations de théâtre antique, – ainsi Antigone qui se doit de rendre les rites funéraires à son frère, ainsi le nouveau roi Yudishtira, intimé par sa mère, qui a jadis donné naissance avec le Soleil à un fils, de rendre à cet aîné ces mêmes rites, d’autant que cet ennemi royal du camp adverse connaissait son lien de parenté avec le combattant et l’a laissé gagner.

De l’autre, surgissent, le temps de la représentation, des rappels de théâtre shakespearien, ainsi le vieux roi aveugle qui a perdu tous ses fils et qui part dans la forêt pour accepter la mort, tel King Lear. Un autre conte encore traite de l’équivalence de tel poids de chair – humaine ou animale – avec tel autre à sauver, selon le verdict d’une balance de justice, un écho au Marchand de Venise.

Les images, les métaphores et les allégories regorgent dans ce poème légendaire.

Un bestiaire animé et coloré s’anime d’oiseaux, de faucons, de serpents et animaux exotiques, un univers d’enfance fabuleuse où les bêtes parlent.

Ainsi, le ver de terre est interprété par le comédien irlandais Sean O’Callaghan, qui passe d’un rôle à l’autre, comme les autres acteurs mobiles, belges ou français d’origine africaine, Carole Karemera, Jared McNeill, Ery Nzaramba.

Le petit animal invertébré n’en reste pas moins un être animé qui se presse de traverser la route avant qu’une charrette ne l’écrase. Si infime soit-elle, dit-il, la vie d’un vers de terre représente tout, comparée à sa vie antérieure d’homme riche : « La vie est précieuse, je n’ai pas l’intention de mourir, si je peux l’éviter, je ne veux pas perdre le paradis de la vie pour l’enfer de la mort. »

Sous les coups mesurés de tambour du musicien japonais Toshi Tsuchitori, le spectacle épuré investit l’espace de sa matière poétique, étoffes rouges, jaunes, orangées sur vêtements indiens noirs, la forêt qui flamboie et la belle gestuelle vivante de méditation sur la Mort, un thème auquel chacun est invité à se soumettre.

Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord, du 15 septembre au 17 octobre. Tél : 01 46 07 34 50

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