Démons de Lars Norén, mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo

Crédit Photo : Tristan Jeanne-Valès

DEMONS. de Lars Noren. (PHOTOS DE REPETITIONS). Mise en scène: Marcial di Fonzo Bo. Avec: Romain Duris, Marina Foïs, Anaïs Demoustier, Gaspard Ulliel. Comédie de Caen, Théâtre d'Hérouville, 25 08 2015 ©Tristan Jeanne-Valès

DEMONS.
de Lars Noren.
(PHOTOS DE REPETITIONS).
Mise en scène: Marcial di Fonzo Bo.
Avec: Romain Duris, Marina Foïs, Anaïs Demoustier, Gaspard Ulliel.
Comédie de Caen, Théâtre d’Hérouville,
25 08 2015
©Tristan Jeanne-Valès

Démons de Lars Norén, texte français de Louis-Charles Sirjacq en collaboration avec Per Nygren (L’Arche Éditeur), mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo

 

Une structure de panneaux transparents qui délimitent les espaces divers et clairs d’un appartement chic et bobo, installée sur une vaste tournette, tel est le décor somptueux, une manière de lent manège que propose Yves Bernard pour la pièce Démons (1981) de Lars Norén par Marcial Di Fonzo Bo, comédien, metteur en scène et directeur de la Comédie de Caen, Centre Dramatique National de Normandie.

Dans la vacuité de cet espace design, évoluent Katarina (Marina Foïs) et Frank (Romain Duris), les protagonistes du drame rejoints par Jenna (Anaïs Demoustier) et Thomas (Gaspard Ulliel), voisins avec enfant plus modestes de l’étage du dessous.

La soirée correspond à la veille des obsèques de la mère de Frank, une présence absence obscure, dont les cendres contenues dans un sac plastique ornent le salon.

Il va falloir à tout prix occuper cette soirée particulière, d’autant que le frère de Franck et son épouse, invités « naturels » attendus, ont déclaré forfait.

Pour les remplacer, Frank a recours à l’anonymat de ses voisins immédiats.           Ces intrus innocents, appelés en renfort, sont le premier public de ce duo toxique, mis à l’épreuve eux-mêmes par la crise conjugale à laquelle ils assistent malgré eux.

La soirée est tendue à l’extrême, et les personnages amers de Katarina et de Frank, lassés du partage d’une existence commune, n’expriment que haine, hargne et rejet.

L’agresseur jette à la femme résistante des propos infâmes et injurieux :

« Tu vois… j’ai finalement découvert qu’on pouvait baiser par amour et qu’on pouvait baiser sans amour… je veux dire, baiser avec toi sans amour, ce que j’ai fait ces dernières semaines…C’est une expérience terrifiante … comme d’arriver au crépuscule dans un endroit qui vient d’être ravagé par la guerre, et on compte les cadavres, c’est comme de coucher avec un cadavre. »

Cendres maternelles tout juste déposées dans l’appartement et images macabres des discours, les forces de la mort sont douloureusement à l’œuvre dans l’évidence banale de cette guerre intime – volonté de destruction de l’autre et de sa disparition.

Tourmenter, abuser, meurtrir et harceler physiquement et moralement le conjoint, tel est le programme de la perdition orchestrée par le maître d’une cérémonie infernale.

Corps subtil et énergique, Romain Duris est ce prince dans la ronde des Démons, ange rebelle animé de passions qui voudrait entraîner les autres à sa suite, en déniaisant par exemple, Jenna et Thomas qu’il tente de séduire, respectivement et alternativement, à ses propres fins.

Dans la quête d’un accomplissement âprement recherché à travers les relations sexuelles et amoureuses, l’apprenti sorcier s’égare, esprit légendaire écartelé entre l’homme et la bête, qui prépare sa chute.

Or, pour tenter de le rejoindre, Katarina se fait la complice du diable, sorte de fée sensuelle et provocatrice, partageant lascivité et goût de la chair avec ce compagnon maudit.

Si elle n’est pas légèrement vêtue, Marina Foïs, à la voix rauque et blessée, porte talons hauts et robes canailles découvertes, savamment choisies par Anne Schotte.

Gaspard Ulliel, dégaine nonchalante et étonnée, joue sa partition avec justesse, aux côtés d’Anaïs Demoustier, silhouette joyeuse de fraîcheur et chanteuse subtile.

Véronique Hotte

Théâtre du Rond-Point, du 9 septembre au 11 octobre. Tél : 01 44 95 98 21

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2 réflexions sur “Démons de Lars Norén, mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo

  1. Avez vous vu ou compris la pièce? La soirée correspond à la veille de l’incinération de la mère de Frank, une présence absence obscure, dont les cendres contenues dans un sac plastique ornent le salon ». Si les cendres (…) ornent le salon, c’est que l’incinération a déjà eu lieu…
    Quand à l’anonymat des voisins immédiats, le texte de la pièce nous fait découvrir que les voisins ne sont pas si anonymes que ça…
    Non?

    • Je suis en accord avec vous pour « la veille de l’incinération », expression que j’ai corrigée par « la veille des obsèques ».
      Quant aux voisins anonymes, je conserve cette caractérisation, voulant signifier par là que ce ne sont tout de même pas des intimes du couple des protagonistes, même s’ils jouent les « utilités ».
      En vous remerciant pour votre vigilance.

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