Les Voisins de Michel Vinaver, mise en scène de Marc Paquien

LES VOISINS Auteur : VINAVER Michel Mise en scene : PAQUIEN Marc Decor : DIDIER Gerard et METTAIS CARTIER Ophelie Lumiere : GAILLARDOT Pierre Costumes : RISTERUCCI Claire Avec : ABELANSKI Lionel MOBIHAN Loic Lieu : Theatre de poche Montparnasse Ville : Paris Le : 28 08 2015 © Pascal GELY

LES VOISINS
Auteur : VINAVER Michel
Mise en scene : PAQUIEN Marc
Decor : DIDIER Gerard et METTAIS CARTIER Ophelie
Lumiere : GAILLARDOT Pierre
Costumes : RISTERUCCI Claire
Avec :
ABELANSKI Lionel
MOBIHAN Loic
Lieu : Theatre de poche Montparnasse
Ville : Paris
Le : 28 08 2015
© Pascal GELY

Les Voisins de Michel Vinaver, mise en scène de Marc Paquien

 

Commentatrice de l’œuvre de Michel Vinaver, Anne Ubersfeld considère l’auteur de théâtre comme un « éthologue de l’espèce humaine », faisant du coup référence à la science du comportement des animaux dans leur milieu naturel. À la manière des bêtes qui tracent leur territoire, les êtres humains sont perpétuellement à la conquête de la « région où vivre » ; « mais celle-là n’est pas hors du monde, elle est justement là où ils sont, où ils se battent pour demeurer, éventuellement créer ou dilater leur place, en trouver une autre quand ils en ont été exilés. »                                                                         

Le spectateur contemple l’espace réel où se débattent les personnages des Voisins, une terrasse mitoyenne, sous un ciel plus ou moins serein, placée entre les deux foyers où voisinent les quatre personnages ; côté jardin, le père Blason et sa fille Alice, et côté cour, le père Laheu et son fils Ulysse. Les lieux diffusent une ambiance étrange et incertaine, versée dans une vision festive de l’existence qui transcende « cette angoisse mortelle que vivent tous les hommes d’être expulsés du paradis. »

Distribution de verres à pied et de vin pour le dîner et conversations à bâtons rompus, les images de proximité et de voisinage se déclinent dans une échappée de vignettes fulgurantes, entre les noirs de Pierre Gaillardot – musique opératique, martellement sec de la pluie sur les toits et coups de tonnerre durant l’orage.

La mise en scène réjouissante de Marc Paquien s’amuse de l’espace réduit du Théâtre du Poche-Montparnasse, et la scénographie de Gérard Didier et Ophélie Mettais-Cartier dessine une entrée respective pour chacun des duos familiaux, avec dans l’espace intermédiaire de la terrasse, une petite table installée, sur laquelle Alice dispose les couverts avec soin, tandis que le père ouvre une bouteille de derrière les fagots, appréciant à sa juste valeur cet élixir qui enchante le quotidien. Pour ce quatuor d’animaux vivants observés par l‘éthologue, il s’agit de continuer à vivre plus ou moins bien en société, malgré les problèmes personnels de revenus, de trous dans les caisses de l’entreprise pour tel père, d’affaires juteuses qui se font puis se défont pour tel fils. Il faut en définitive, savoir raison garder et prendre la mesure, au-delà des disputes, des attaques et des jalousies mesquines.

Avec Les Voisins, on se rapproche de l’énigme policière. Qui a dérobé le trésor caché, d’une maison à l’autre, ou bien dans l’entrecroisement subtil des quatre personnages qui trahissent leur propre duo initial ? Qui est donc le complice, de l’un à l’autre ? Les questions restent sans réponses, ouvertes, indécidables, aléatoires, même si l’explication qui frôle le quant à soi ne trompe personne.

La vérité sauvegardée et le mensonge combattu fraient plutôt du côté des enfants.

Le texte vit et s’anime grâce à la représentation, qui incite à s’interroger autrement. Alice, objet d’analyse de l’observateur, incarne une fille, femme et presque chienne – une intelligence vive qui n’est jamais coupée ni séparée de sa nature instinctive.

Seule figure féminine distincte des hommes – près du père, de l’ami du père qui est aussi le père de l’amant, et près de l’amant lui-même – , la demoiselle se tait, retenant sa parole, qui à la fois révèle et dissimule les conflits, les rivalités, les relations de pouvoir, les tentatives de séduction – obscur objet des obsessions viriles.

Dans cette danse furtive, les acteurs qui forment un quatuor vocal bien frappé, furètent à merveille, se répondant dans un éclair ou bien soliloquant, extrêmement proches. Saluons Lionel Abelanski, Alice Berger, Patrick Catalifo et Loïc Mobihan.

Véronique Hotte

Théâtre de Poche-Montparnasse, à partir du 4 septembre. www.theatredepoche-montparnasse.com

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