Bretonnes de Charles Fréger, nouvelle de Marie Darrieussecq, commentaire de Yann Guesdon

Bretonnes de Charles Fréger, Nouvelle de Marie Darrieussecq, Commentaire de Yann Guesdon, illustrations de Fred Margueron, Éditions Actes Sud                9782330050443

À l’origine, écrit Yann Guesdon qui médite avec passion sur l’histoire et le devenir des coiffes bretonnes, en épilogue à l’ouvrage Bretonnes de Charles Fréger, la coiffe sert d’une part, à protéger la tête du vent, de la pluie ou du soleil et d’autre part, à cacher volontairement la chevelure pour ne pas attirer la convoitise des hommes et respecter ainsi l’ordre moral imposé par la religion. L’étude souffre de l’absence de documents anciens qui ne permet pas de remonter avant le XVII é siècle. Du XVII é au XVIII é siècle en échange, les mentions se font plus précises, les descriptions auxquelles s’essaient les greffiers, connaisseurs en matière de diversité vestimentaire, sont éloquentes, que l’on soit en Haute ou bien en Basse Bretagne, qu’il s’agisse de coiffe, béguin, cornette, jobeline, capot à la mode de telle paroisse, ainsi la dénomination, « femme portant la coiffe à la mode de la paroisse de Beuzec-Cap Sizun ». Quant au XIX é siècle, c’est l’âge d’or de la coiffe bretonne, ce que révèle un recueil de planches dédiées aux différentes guises de Bretagne vers 1840 par un artiste ingénieux François Hippolyte Lalaisse. Et Yann Guesdon constate avec amusement : « Les coiffes sont alors dans toute leur splendeur et magnifient le visage féminin alors qu’il est toujours interdit de montrer la chevelure ! »

Depuis 2000, Charles Fréger œuvre à travers le monde sur des séries de portraits à l’intérieur de groupes engagés dans une démarche d’appartenance à un collectif : écoliers, sportifs, légionnaires, majorettes et… cercles celtiques de Bretagne.

Ces jeunes gens pour la plupart appartiennent à des organisations collectives qui impliquent le port d’une tenue vestimentaire codifiée, apprentis sumo, gardes royaux et républicains de l’Europe, élèves de l’Opéra de Pékin, patineuses et danses synchronisées finlandaises…. Ils sont tous reliés par l’expérience contemporaine d’une sociabilité attentive à l’histoire culturelle, ethnologique et anthropologique, sociale enfin, des sociétés dans lesquelles ces jeunes femmes et hommes évoluent.

Crédit photo : Charles Fréger

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Le photographe déploie aujourd’hui sur le territoire breton une nouvelle série photographique, Bretonnes – le portrait de femmes vêtues de leurs costumes traditionnels. Cette série dont l’ouvrage édité aux Éditions Actes Sud fait suite à d’autres photos réalisées, entre 2002 et 2013, que l’on peut voir en même temps que trente-cinq de Bretonnes au Centre d’art et de recherche GwinZegal à Guingamp (Hereros, Winner face, Short school haka, Empire, Opera, Painted Elephants), pour une étude comparative de ce travail en Bretagne avec l’œuvre accomplie à ce jour.

Cette série questionne les représentations dans la société contemporaine que marque le mouvement à la fois d’individualisation et de mondialisation des comportements.

Dans la série « Bretonnes » Charles Fréger a rencontré une grande part des Cercles

Celtiques de Bretagne afin de révéler la très grande diversité des coiffes

et costumes, la complexité du rattachement de ces identités affirmées à un territoire.

Pour Bretonnes, opus admirable de153 photographies en couleurs, le photographe a arpenté le territoire géographique de la Bretagne historique, dans lequel il a installé un cadre – un filtre grandeur nature donnant une texture particulière aux images. L’artiste se focalise sur le costume au premier plan pour obtenir un rendu assez doux, presque du pastel, entre le fond et la coiffe : de vivantes jeunes filles en fleurs.L’inventaire des coiffes bretonnes laisse apparaître des demoiselles d’aujourd’hui coiffées de coton amidonné et de dentelle, de travail ou de cérémonie, posant devant une chapelle ou le lointain d’une lande de bord de mer venteux. Le personnage est accompagné à l’arrière par d’autres figures féminines, tenues à distance dans une brume cotonneuse. Cette installation tient lieu de mise en scène de théâtre, depuis le détail de la dentelle jusqu’à la perspective de la silhouette dans son cadre marin ou rustique. Charles Fréger poursuit le tradition de l’imagerie de la Bretonne, il s’inspire de l’importante production de cartes postales de l’entre-deux-guerres, influencé encore par la peinture réaliste du XIX é siècle, de celle des nabis, de Gauguin à Mathurin Méheut, en passant par Émile Bernard, Paul Sérusier, Eugène Boudin.

Crédit photo : charles Fréger

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Charles Fréger précise : « Je cherche des groupes de pairs, des individus qui ont fait la démarche de porter un uniforme, de grossir, de se muscler… des gens qui veulent rentrer dans leur image, portés par un désir d’être.» Un souhait du collectif universel :

«On croit que l’individu prime aujourd’hui. En fait, c’est juste qu’on affiche moins

son appartenance à un groupe

Charles Fréger dédie son ouvrage magnifique « Aux femmes de tête » ;   et dans sa jolie nouvelle en forme de prologue, Marie Darrieussecq met en exergue Ernest Renan (Souvenirs d’enfance et de jeunesse) : « La femme belle et vertueuse est le mirage qui peuple de lacs et d’allées de saules notre grand désert moral. »

En circulant d’une exposition à l’autre – de Rennes à Saint-Brieuc, de Pont-l’Abbé à Guingamp – ou en feuilletant Bretonnes (Éditions Actes-Sud), on assiste au dévoilement de la singularité du costume en Bretagne, son histoire, ses savoir-faire dans la réalisation des dentelles et des broderies, son usage, sa représentation identitaire, en plus d’une étape dans le parcours vif d’un artiste contemporain.

Véronique Hotte

Bretonnes de Charles Fréger, Nouvelle de Marie Darrieussecq, Commentaire de Yann Guesdon, illustrations de Fred Margueron, Éditions Actes Sud

Format : 22,5 x 19cm, 264 pages, 153 photographies en couleurs, ouvrage relié, 35 euros.

Centre d’art et de recherche GwinZegal à Guingamp

Exposition du 6 juin au 27 septembre 2015

Musée Bigouden de Pont-l’Abbé

Exposition du 6 juin à 31 octobre 2015

Musée de Bretagne – Les Champs Libres à Rennes

Exposition du 6 juin au 30 août 2015

Musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc

Exposition du 6 juin au 27 septembre 2015

 

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