Le Roi Lear de William Shakespeare, traduction et mise en scène d’Olivier Py

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

LE ROI LEAR -  De William Shakespeare - Traduction et mise en scène Olivier Py
Scénographie, décor, costumes et maquillage : Pierre-André Weitz -
Lumière :  Bertrand Killy -
Son :  Dominique Cherpenet -
Assistanat à la mise en scène :  Thomas Pouget - Avec : 
Jean-Damien Barbin -
Moustafa Benaïbout -
Nâzim Boudjenah de la Comédie-Française -
Amira Casar -
Céline Chéenne -
Eddie Chignara -
Matthieu Dessertine -
Emilien Diard-Detoeuf -
Philippe Girard -
Damien Lehman -
Thomas Pouget -
Laura Ruiz Tamayo -
Jean-Marie Winling - Lieu : Cour d'Honneur du Palais des Papes - Ville : Avignon - Le 30 06 2015 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

LE ROI LEAR –
De William Shakespeare –
Traduction et mise en scène Olivier Py
Scénographie, décor, costumes et maquillage : Pierre-André Weitz -
Lumière : Bertrand Killy -
Son : Dominique Cherpenet -
Assistanat à la mise en scène : Thomas Pouget –
Avec :

Jean-Damien Barbin -
Moustafa Benaïbout -
Nâzim Boudjenah de la Comédie-Française -
Amira Casar -
Céline Chéenne -
Eddie Chignara -
Matthieu Dessertine -
Emilien Diard-Detoeuf -
Philippe Girard -
Damien Lehman -
Thomas Pouget -
Laura Ruiz Tamayo -
Jean-Marie Winling –
Lieu : Cour d’Honneur du Palais des Papes –
Ville : Avignon –
Le 30 06 2015 –
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Le Roi Lear de William Shakespeare, traduction et mise en scène d’Olivier Py

En cette fin de Festival d’Avignon 2015, il est bon – comme un baume adoucissant qu’on passerait après coup sur une brûlure – de revenir sur Le Roi Lear de Shakespeare, monté par Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon, dans une mise en scène controversée et violemment contestée par l’élan furieux de la critique.
Dans la Cour d’Honneur, les pères humiliés errent, leurs enfants manigancent, telle est la vision de la mise en scène à la fois prophétique et catastrophique d’Olivier Py.
La décomposition et le déclin du monde tissent la matière même de ce Roi Lear.
Pour Jan Kott, la pièce ressemble à une chronique, débutant avec le partage du royaume et l’abdication du souverain, s’achevant par la proclamation d’un nouveau roi. La guerre civile pleine de rage se déploie ainsi entre lever et baisser de rideau.
Une moralité à douze ou treize personnages, nobles et vils, bourreaux et victimes.
D’un côté, sévit le théâtre du crime qui détruit les liens sociaux, le royaume et la famille. Ce tableau réaliste abat les rois et les sujets, les pères et les enfants, les maris et les femmes, tous « grands fauves de la Renaissance qui se dévorent ».
De l’autre côté, a lieu une moralité bouffonne, pleine de sarcasmes sur la condition humaine déchue et massacrée. Le Roi Lear n’est plus qu’une ombre de lui-même.
Pour se moquer de cet ordre féodal en voie d’extinction, le Fou a recours à la plaisanterie absurde, à la dialectique et au paradoxe, un humour noir post-moderne.
Le Fou s’égosille de sa voix tombale, sous son bonnet de laine blanc et en tutu romantique sur pantalon ; Jean-Damien Barbin maîtrise la situation triste et loufoque.
Quoique les costumes et les maquillages de Pierre-André Weitz accentuent une complaisance revendiquée pour le mauvais goût bourgeois et la quincaillerie de grand bazar propice aux spectacles de pacotille – combinaison cuir et casque de motard avec cornes de bélier diablotines pour le méchant Edmund qui arrive sur son engin ronflant ; tenues glamour, strass et perruques cheap pour les sœurs vénales, femmes irréversiblement dégradées ; tutu classique décalé pour Cordélia, une poupée et danseuse sans vie de boîte à musique ; combinaison de dessous féminin pour un Lear radoteur, oublieux de son habit de ville initial –, et malgré cette vision de chaos infernal, métaphore d’un monde bousculé, la scénographie est inspirée.
Au sol, de grandes lattes de bois structurent le parquet solaire du plateau, portant des éléments plus légers, escalier, tribune politique, estrade ou piédestal de bois, des accessoires mobiles en pagaïe glissant sur l’immense aire scénique.
Au cours de la représentation, les techniciens de plateau enlèvent patiemment les lattes de bois de pin clair pour laisser paraître les bas-fonds sombres de l’humanité. Ainsi, entre en jeu la vision d’une lande de terre foncée et organique, composée de tourbe meuble et riche, une image maudite de matrice féminine de disparition et d’engloutissement dans les antres d’un néant existentiel, l’avant vie ou l’après vie.
Des cris et des hurlements sur la scène car les comédiens glapissent et éructent, Edgar et Lear jouent nus, selon l’éternelle affaire du corps masculin en question.
Beaucoup de bruit pour rien – le mot Rien est d’ailleurs écrit en exergue en néon de lumière fluo sur la muraille extérieure du Palais des Papes – après que le public ait lu cette autre adresse à Cordélia : « Ton silence est une machine de guerre ».
L’installation contemporaine arts plastiques est joliment amusante bien que gratuite. Toutefois, la palissade installée sur le devant de scène, une muraille de château du haut de laquelle Lear dicte ses maudites volontés de père aveuglé, porte les traces graphiques éloquentes, de triste mémoire, significatives d’un gribouillis au feutre noir où plus rien n’est lisible mais figé dans l’incompréhension entre interlocuteurs.
Les mots sont désormais inscrits aux abonnés absents, trompeurs et inefficaces.
Mais s’il est bien une seule raison qui rende légitime cette mise en scène dans la Cour d’Honneur, c’est bien, à travers la guerre finale entre les armées britannique et française dont les Anglais sortent victorieux, l’évocation du massacre perpétré dans les bureaux de Charlie Hebdo en janvier dernier. Pétarades d’armes de guerre, coups de feu de soldats affublés de cagoules et treillis militaires, ces soubresauts sonores sont accompagnés d’une tombée de longs rubans rouges depuis les cintres, la métaphore d’une pluie sanguinaire qui figure l’accumulation des victimes ciblées.
Le tumulte tapageur provoque une tempête compassionnelle dans les esprits mis à mal à travers ces rappels douloureux et meurtris d’événements conflictuels récents.
Qu’on soit, comme à l’époque du Roi Lear, dans une mythologie celtique, ou à l’époque élisabéthaine et shakespearienne, ou encore en nos temps de spectateurs désabusés, les tueries macabres citées sont pertinentes, révélation des souffrances intimes et sociales, des tragédies familiales et politiques en vue du pouvoir à saisir.
Des ruines du politique arpentées pour sauvegarder une reconstruction possible.

Véronique Hotte

Festival d’Avignon, Cour d’Honneur du Palais des Papes, du 4 au 13 juillet à 22h

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