Une heure avant la mort de son frère, de Daniel Keene, mise en scène de Antoine Marneur

Crédit photo : Nicolas Franchot

Une heure avant la mort de mon frère, répétition générale et coulisses, théatre de Chartres, 31 mars 2014 - Nicolas Franchot.

Une heure avant la mort de mon frère, répétition générale et coulisses, théatre de Chartres, 31 mars 2014 – Nicolas Franchot.


Une heure avant la mort de mon frère, de Daniel Keene, traduction Séverine Magois (Lansman éditeur), mise en scène de Antoine Marneur

Une heure avant la mort de mon frère, de l’auteur australien Daniel Keene, esquisse avec patience et retenue la confrontation tragique entre un frère et une sœur, l’issue de l’entrevue étant annoncée comme fatale. Il ne reste plus à vivre qu’un temps sec et haché au condamné pour meurtre ; le prisonnier attend dans le parloir l’heure ultime, la dernière concédée avant l’exécution, en compagnie de sa sœur en visite pour un entretien salutaire qui se voudrait réparateur pour les deux parties.
Le metteur en scène Antoine Marneur est familier de l’œuvre de Keene dont il a monté Quand la nuit tombe – soit deux pièces courtes (Deux tibias et Nuit, un mur, deux hommes), il poursuit son voyage dans cet univers d’intimité et d’humanité, citant l’auteur lui-même : « Je veux que les personnages de mes pièces hissent leur âme à la surface de leur peau. Je veux que leur vie intérieure naisse et soit portée dans chaque geste, dans chaque parole et dans chaque silence. » Le frère et la sœur se souviennent avec émotion de la part d’enfance partagée chez leurs parents.
Une mère trop tôt disparue et un père alcoolique, incapable de protéger le garçon et la fille qui trouvent de leur côté refuge dans l’expérience bouleversée d’une même existence attristée. Dans un échange spontané de belle réciprocité, les enfants se rapprochent plus qu’il ne faut, à la vie à la mort, partageant le même sentiment d’amour. Ils ont coupé depuis longtemps avec cette aventure incestueuse dont la sœur voudrait bien voir le frère l’admettre et le reconnaître enfin ; ce qu’il refuse.
La scénographie et création graphique de Garance Marneur est à la fois subtile et claire, cultivant la froideur particulière et aseptisée de ces instants uniques hors temps, basculant lentement sur la pente irréversible des passions originelles. Le frère et la sœur ont une enfance perdue commune, mais leurs sensations, leurs impressions, leurs rêves et la dimension onirique de leur imaginaire diffèrent. D’où les malentendus, les quiproquos, les porte-à-faux et les scènes inévitables de dépit. Or, leur aventure existentielle respective n’en rayonne pas moins de cette passion puissante et dévastatrice qu’on ne pourra jamais plus leur dérober ni leur interdire.
Il fallait des interprètes de grande envergure pour affronter de tels rôles héroïques et tragiques, qu’ils dansent parfois sous les conseils chorégraphiques de Cécile Loyer. Élévations vocales et cris, Sophie Neveu pour la sœur cultive une tension et une acuité douloureuses, emportée au-delà du contrôle des émotions hypersensibles.
Francis Ressort, le frère, s’attache avec une force grave et retenue à l’innommable.

Véronique Hotte

Festival Off Avignon, Théâtre Girasole, du 4 au 26 juillet à 12h20, relâche le 16

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s