Les Gens que j’aime, de Sabine Revillet, mise en scène de Julien Rocha et Cédric Veschambre

Crédit Photo : Raphaël Labouret
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Les Gens que j’aime de Sabine Revillet, mise en scène de Julien Rocha et Cédric Veschambre

Les metteurs en scène Julien Rocha et Cédric Veschambre de la compagnie Le Souffleur de Verre, associée à l’Ensemble artistique de la comédie de Saint-Étienne – CDN – militent pour un théâtre épique, s’attachant à l’étrangeté de la place de l’individu dans la société, et convoquant pour leur fresque des univers autres, non consensuels et non politiquement corrects, privilégiant encore un récit dramaturgique échappant à la linéarité et à l’interprétation univoque. Un théâtre de l’anomalie plein de souffle et de vigueur, porteur d’une foi humaniste qui fait la part belle aux ruptures de ton dans un cocktail d’humour, de paroles crues, d’inserts théoriques et politiques, de chansons populaires, de textes issus d’auteurs et de spectateurs.
À travers Les Gens que j’aime, pièce de Sabine Revillet mise en scène par Julien Rocha et Cédric Veschambre, sont exposées des questions existentielles : Pourquoi se créer des prisons et toujours répondre « oui » au systématique « ça va ? » ? Pourquoi la peur des vies banales et celle de perdre le peu qu’on a ?
Paul Palermo dit toujours « oui » et ne veut jamais décevoir l’autre, l’ami, l’amant, l’amante, l’épouse, la mère et le père dont il est l’objet dans leurs bras successifs. Incapable de choisir, tiraillé et écartelé par le désir d’autrui qu’il confond avec le sien propre, il ne refuse jamais la moindre proposition des réseaux sociaux ouverts. Fier de rassembler une multitude d’amis qu’il ne connaît qu’à peine, il collectionne les liens virtuels sur sa tablette, son mobile et son ordi grâce aux sms, mails ou Skype.
Le sentiment de solitude du gentil, sympathique et convivial Paul s’agrandit de manière inversement proportionnelle aux nombreux clics en pagaille qu’il réalise.
Être à la fois ici et là, c’est tromper forcément quelqu’un, et soi en dernière analyse.
Mais Paul accumule des rencontres non prioritaires : « Il y a aussi Jeanne elle est prostituée, Mathilde, Ludovic cul de jatte, Douglas il est noir, Jacques on a divorcé, Patrick et j’en passe… mes enfants Grégoire, Lucie, Maelle, ils sont au collège… Voilà. C’est un peu le bordel. »
L’écriture de Sabine Revillet collecte à froid les expressions et les boutades extraites du réel sans passer par l’échappée salvatrice que serait une dimension poétique de l’écriture. Le plateau a des allures de chaos, malgré la niaque des comédiens qui veulent en découdre et emportent véritablement le morceau. Denis Lejeune est un super-héros de pacotille qui trouvera voie et voix en disant « non ».
Cédric Veschambre joue les autres mâles, le père alcoolique et un ami travesti avec un brio souriant.
Cécile Vernet incarne l’amante artiste, l’épouse et la mère rivée à ses Feux de l’amour, une figure féminine de talent à laquelle la pièce ne réserve qu’une image dégradée à réinventer d’urgence au milieu de ces jeux et amusements virils.
Un spectacle prometteur qui part à vau-l’eau pour n’avoir pas su bien choisir.

Véronique Hotte

Festival Off Avignon, Théâtre Girasole, du 4 au 26 juillet à 10h25, relâche les 16 et 23.

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