Les Anges meurent de nos blessures, de Yasmina Khadra, adaptation et mise en scène de René Chéneaux

Les Anges meurent de nos blessures, de Yasmina Khadra, adaptation et mise en scène de René Chéneaux
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Après Trois Voix pour les sirènes de Bagdad, le metteur en scène René Chéneaux adapte au théâtre le nouveau roman de Yasmina Khadra, Les Anges meurent de nos blessures. Ainsi, se dessine un jeu à trois comédiens – Rachid Benbouchta, Catherine Le Hénan et Jean-Baptiste Siaussat – l’histoire d’un boxeur, Turambo, dans l’Algérie des années 20.
L’auteur algérien Yasmina Khadra revient sur les traces de Camus ; l’action se passe à Oran, comme dans La Peste, roman porteur des accents humanistes significatifs de L’Homme Révolté. Au Théâtre des Amants, l’espace est confidentiel, mais la scénographie est suffisamment subtile pour n’en laisser rien paraître. La Récitante représente l’auteur et narrateur Yasmina Khadra, et parfois telle amie du sportif.
Elle commente également, les yeux pétillants, l’action des acteurs, comme un journaliste commenterait un match de boxe. Rachid Benboucha figure le boxeur et bel athlète, et le malicieux Jean-Baptiste Saussiat, les coaches, complices ou non.
Au centre du plateau, une toile circulaire figure un espace cabaret et festif. Au lointain, un tulle reçoit des images filmées – des archives qui représentent des combats de boxe -, et laisse apparaître des scènes en transparence. L’interaction est juste, entre le récit de la narratrice, parfois actrice pour un rôle féminin, l’action des hommes virils ensuite qui défendent leurs points de vue divergents et enfin l’image documentaire. Un monde où se conjuguent faits du passé et histoire personnelle.
Les mouvements physiques des combats sont restitués, mimés et intensifiés.
Les dix tableaux – une succession au fil du rasoir rondement menée – laissent défiler les divers rounds d’un match spectaculaire et épique qui donne à voir et à vivre l’ascension, la gloire et la chute du héros.
Celui-ci travaillait pourtant à sauvegarder sa lucidité et sa clairvoyance.
En vain. La biographie de l’athlète, devenue spectacle vivant, trouve sur le plateau son accomplissement, loin des interprétations et des jugements à bon marché. La couleur sépia de la fresque privilégie l’esprit des photographies anciennes dans la nostalgie d’un monde où l’humanité des relations existait, au même titre que la cruauté manipulatrice et abusive des plus forts sur les plus faibles.
Le boxeur se souvient du jour où son oncle le conduit dans le cimetière des juifs où paradoxalement est gardien sa « gueule cassée de père ». Une prise de conscience.
Le fils raconte : « Si le sol s’était dérobé sous mes pieds à cet instant, je n’aurais pas hésité à le laisser m’engloutir. » Le fils humilié n’est plus rien : il doit se battre pour devenir quelqu’un, se faire reconnaître et accéder à la dignité personnelle.
Un combat rude, de tous les instants, qui ne fait jamais de cadeaux et dont le récipiendaire potentiel n’est jamais dupe. Les comédiens facétieux, vifs et pleins d’allant donnent à goûter un monde où la lutte pour la vie est de tous les instants.

Véronique Hotte

Festival Off – Avignon – Théâtre des Amants, du 4 au 26 juillet à 12h20, relâche le 20 juillet.

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