The Great Disaster de Patrick Kermann, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois

The Great Disaster de Patrick Kermann (Éditions Lansman), mise en scène de Anne-Laure Liégeois
Olivier Dutilloy The Great Disaster P. Kermann
Le 14 avril 1912 à 23h40, coule le Titanic dans les eaux froides de l’océan atlantique Nord, au large de Terre-Neuve. Ce naufrage tristement célèbre a mis fin à la traversée inaugurale d’un paquebot qui devait relier Southampton à New-York. Le navire heurte un iceberg sur tribord avant, et sombre en moins de trois heures à 2h20, le matin du 15 avril. Entre 1490 et 1520 personnes périssent, ce qui fait de ce naufrage – un choc dans le monde entier, aux Etats-Unis comme en Angleterre – l’une des plus grandes catastrophes maritimes en temps de paix et la plus meurtrière de l’époque. Comme le suggère The Great Disaster de l’auteur de théâtre trop tôt disparu, Patrick Kermann, cet événement notable, inscrit entre fait divers et Histoire, donne à voir non seulement l’effondrement d’une époque mensongèrement équilibrée avec ses distinctions sociales ordonnancées et hiérarchisées, à travers le non-passage autorisé, le manque inique de va-et-vient entre la première classe des nantis et la troisième des appelés de l’émigration en quête d’un monde de travail.
Giovanni Pastore, originaire des montagnes du Frioul, le héros de ce monologue que met en scène avec une grande délicatesse Anne-Laure Liégeois, est le narrateur averti d’une histoire personnelle avant que celle-ci ne s’engloutisse dans les flots, ou plutôt desquels s’extraie après coup cette même aventure, saisie dans la réflexion distanciée d’un commentaire politique et économique. Candidat à l’émigration vers le sud de la France, la Suisse, l’Allemagne, puis Le Havre et l’Angleterre, le petit Italien a rempli cette mission inaliénable et ancestrale des petits boulots, des travaux d’ouvriers du bâtiment et autres, un être digne intimement lié à la recherche d’un devoir intérieur symbolique, s’affirmer et obtenir la reconnaissance sociale en assumant sa tâche professionnelle quotidienne quelle qu’elle soit, et subvenir en même temps et concrètement à ses besoins et nécessités du quotidien. Le sans-emploi trouve enfin un poste honorable dans le somptueux paquebot comme plongeur, sous les ordres de M. Gatti, responsable des 3 177 petites cuillères en argent des premières classes.
C’est l’accès à un trésor emblématique inespéré, un paradis scintillant, le service grandiose des grands du Mont Olympe d’ici-bas, uniquement dévolu aux dieux : il n’en faut pas plus pour se sentir heureux et chanter la chance d’être là, à sa place.
Et se sentir heureux, c’est toujours finalement revenir aux temps inouïs de l’enfance, une enfance pauvre auprès de la mère, de la grand-mère et des nombreux frères et sœurs, de la fontaine de la place du village, de la beauté majestueuse des paysages de montagnes, en été comme en hiver, avec la main chaude ou bien froide de la petite voisine plus fortunée, Cécilia, dans sa propre main de petit garçon amoureux.
Mélancolie et retour sur soi, bonheur d’un vrai paradis perdu – quand bien même vivre pauvrement n’est jamais facile et n’efface pas les blessures subies dans l’humiliation -, premiers émois du cœur, de l’âme et du corps, Giovanni a eu le temps de vivre, même si peu, en touchant à l’émerveillement des sensations.
Olivier Dutilloy dans le rôle est sincère et attachant, en empathie directe avec la clarté analytique de la parole du petit pâtre italien, capable de faire retour sur soi.
Sobriété, réserve, pudeur, une belle humanité déclinée pour le bonheur du spectateur.

Véronique Hotte

Festival Avignon Off – La Manufacture, du 4 au 25 juillet à 10h50

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