Le Vivier des noms de Valère Novarina (Éditions P.O.L)

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage
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Le Vivier des noms de Valère Novarina (Éditions P.O.L)

L’amour invincible des mots de la part de l’auteur, la prédilection pour une parole à la fois savante et pleine de saveurs – crue, généreuse, entêtante et foisonnante – portée par des acteurs radieux sur une scène de théâtre, c’est bien cet enthousiasme-là et cette inspiration puissante qui donne vie à un créateur de théâtre, de dessins et de peintures, nommé Valère Novarina et disposé à investir de ses drames nos scènes françaises depuis une quarantaine d’années. Comédiens et public, tous – facétieux – sont présents au rendez-vous d’un spectacle toujours plein et vivant. Aujourd’hui, l’heure est venue de participer avec gourmandise au Vivier des noms, « une rechute, une réminiscence de la ronde continue d’entrées et de sorties qui formaient la trame du Drame de la vie, la première arche d’un pont dont la seconde apparaît aujourd’hui. » Novarina avoue qu’il est un acteur aussi qui se met simplement au travail avant les autres : d’abord la page blanche, puis la projection dans l’espace avec les acteurs en perspective, à l’intérieur du volume même du livre. L’amour du dramaturge pour les comédiens n’est pas joué ; il est sincère, lui qui les engage sans ménagement sur la voie de l’ânonnement de la mémoire, de la manducation, de l’incorporation profonde du texte, du mangement de la chose écrite, de la patience et de l’action passive, puisque tels sont les mots bien frappés du maître. Le théâtre est encore pour cet artiste inspiré le lieu du redressement des livres, un mouvement de fluides qui ainsi fait danser, parler, se mouvoir et chanter leurs mots – étoffe quotidienne de trame poétique – à travers le corps même des acteurs, ce qu’on appelle la Chair de l’homme, dans l’espace absolu du plateau.
Le dramaturge forme naturellement un collectif avec ses acteurs de prédilection, Julie Kpéré, Manuel Le Lièvre, Dominique Parent, Claire Sermonne, Agnès Sourdillon, Nicolas Struve, René Turquois, Valère Vinci, sans oublier le musicien à son accordéon, Christian Paccoud : tous respirent et se mettent en mouvement.
Ils incarnent l’Historienne, l’Andromorphe, l’Anthropoclaste, l’Enfant sans faute, le Chien Uzedent, l’Enfant pariétal, l’Abbé Boum, Raymond de la Matière, Jean Nihil…
Sur des panneaux couchés et agencés sur le plateau de théâtre du Cloître des Carmes, lieu prestigieux d’Avignon – qui craint d’ailleurs par ces soirs de fort mistral que les fresques de dessins et peintures levées ne se renversent et ne se rabattent brutalement, sous les coups de fureur d’Éole, les acteurs esquissent leurs pas de danse et de déclamation avec une grâce toute singulière, significative de toutes ces personnalités colorées et chatoyantes, amusées et ludiques, rayonnantes et solaires.
Le petit peuple qui investit le plateau blanc et lumineux aux traits libres de couleur – rouge, bleu, jaune…- accompagné de la présence tout autant discrète que mobile des ouvriers du drame, les techniciens vêtus de noir, Élie Hourbeigt et Richard Pierre qui prennent de temps à autre la parole à leur tour, et enfin des élèves du Conservatoire à rayonnement régional du Grand Avignon, le temps d’une chanson joyeuse et enlevée – ne cesse de diffuser ses jeux de mots, ses joutes langagières et boutades, ses images et métaphores, un amour vif de la langue et des mots enfin, dans une allégresse et un enchantement charmants. L’Enfant multirécidiviste récapitule : « Nous mangeons le langage : nous divisons les paroles et nous nous les partageons », soit un art de vivre ensemble dans une proximité toute conviviale.
Le public ressent le bonheur des acteurs à faire entendre sur la scène ce Vivier des noms, soit l’accomplissement d’une langue à travers l’art de l’acteur, et vice-versa.

Véronique Hotte

Festival d’Avignon, Cloître des Carmes, les 5, 6, 8, 9, 10, 11 et 12 juillet.

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