Des arbres à abattre d’après Thomas Bernhard, mise en scène de Krystian Lupa

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

WYCINKA HOLZFÄLLEN - Des Arbres à Abattre - Texte : Thomas BERNHARD -
Traduction : Monika MUSKATA -
Adaptation, mise en scène, scénographique et lumière : Krystian LUPA - Apocryphes : Krystian LUPA -
Costumes : Piotr SKIBA -
Musique : Bogumił MISALA -
Vidéo : Karol Rakowski, ŁukaszTWARKOWSKI -
Assistanat à la mise en scène : Oskar SADOWSKI, Sebastian KRYSIAK, Amadeusz NOSAL - Traduction et adaptation française pour le surtitrage : Agnieska ZGIEB -

Avec 
Bożena BARANOWSKA -  Krzesisława DUBIELOWNA -  Jan FRYCZ - Anna ILCZUK - Michał OPALINSKI - Marcin PEMPUS - Halina RASIAKOWNA -  Piotr SKIBA - Adam SZCZYSZCZAJ - 
Andrzej SZEREMETA - Ewa SKIBINSKA - Marta ZIEBA - Wojciech ZIEMIANSKI - Lieu : La Fabrica - Ville : Avignon - Le 04 07 2015 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

WYCINKA HOLZFÄLLEN – Des Arbres à Abattre –
Texte : Thomas BERNHARD -
Traduction : Monika MUSKATA -
Adaptation, mise en scène, scénographique et lumière : Krystian LUPA –
Apocryphes : Krystian LUPA -
Costumes : Piotr SKIBA -
Musique : Bogumił MISALA -
Vidéo : Karol Rakowski, ŁukaszTWARKOWSKI -
Assistanat à la mise en scène : Oskar SADOWSKI, Sebastian KRYSIAK, Amadeusz NOSAL –
Traduction et adaptation française pour le surtitrage : Agnieska ZGIEB -

Avec 
Bożena BARANOWSKA –
Krzesisława DUBIELOWNA –
Jan FRYCZ –
Anna ILCZUK –
Michał OPALINSKI –
Marcin PEMPUS –
Halina RASIAKOWNA –
Piotr SKIBA –
Adam SZCZYSZCZAJ – 
Andrzej SZEREMETA –
Ewa SKIBINSKA –
Marta ZIEBA –
Wojciech ZIEMIANSKI –
Lieu : La Fabrica –
Ville : Avignon –
Le 04 07 2015 –
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE


Wycinka Holzfällen – Des arbres à abattre – d’après Thomas Bernhard, mise en scène de Krystian Lupa

Dans Des arbres à abattre (1984), le romancier et dramaturge Thomas Bernhard se venge du mécénat de Gerhard Lampersberg qui l’aida en ses débuts et qu’il raille trente ans plus tard, sous les traits de Auersberger.
Chantal Thomas à travers Le Briseur de silence se penche sur ce regard assassin auquel n’échappe aucune faiblesse d’autrui, l’œil aigu de Thomas Bernhard rivé sur ses anciens amis comme sur lui-même, un constat d’amertume lucide et absolument sans concession.
Le livre Des arbres à abattre fut victime en son temps de mesures judiciaires : la confiscation des exemplaires par la police, la protestation contre les entraves à la liberté artistique, et le tourbillon médiatique extraordinaire sur un « roman à clefs ».
C’est que l’écrivain autrichien a horreur de l’éclectisme des gens cultivés, de leur prétendue supériorité intellectuelle et sociale, des possesseurs et consommateurs, la coterie des Auersberger que le narrateur croise par hasard à Vienne au Graben :
« Et avant de s’éloigner avec leurs paquets, ils me signalèrent encore qu’ils avaient tout acheté de Ludwig Wittgenstein parce qu’ils avaient l’intention de se pencher sur Wittgenstein ces temps-ci ».
Dans le contexte du suicide d’une amie peintre commune et de son enterrement, le narrateur ne peut échapper à l’invitation des Auersberger de se rendre à l’un de ces dîners artistiques où tous les convives sont musiciens, écrivains – prétendus disciples de Joyce, Woolf, Stein -, peintres, chanteurs et acteurs de théâtre.
La conversation de cette réunion mondaine est vide et ne met en valeur que la maîtresse de maison et ses invitées, à la façon de Madame Verdurin dans Un Amour de Swann de la Recherche proustienne. Même tyrannie des hôtes avec lesquels il faut composer dans ses jugements, un babillage éloigné de la moindre perception esthétique. Les convives attendront jusqu’à plus de minuit un acteur fat du Théâtre National, pour écouter celui-ci faire son propre éloge tout en mangeant du sandre.
La rage du narrateur sur le temps perdu se mue en déploration, soit l’épanchement d’un discours intérieur sur la nausée que lui inspire ce dîner artistique : il regrette de rester coincé chez des gens qui ne parlent que de livres au lieu de lire lui-même.
En fuyant à l’aube enfin dans les rues de Vienne, il prend la décision de regagner par l’écriture la dilapidation du temps gâché et de la vie non vécue :
« Et je courais et courais et pensai, je vais immédiatement écrire quelque chose sur ce prétendu dîner artistique dans la Gentzgasse, peu importe quoi, uniquement écrire quelque chose… immédiatement et sans délai et immédiatement et immédiatement, avant qu’il ne soit trop tard. » Une vie sauvée de justesse.
Le metteur en scène Krystian Lupa procède à une somptueuse mise en abyme de tous ces regards désenchantés portés sur la vanité quotidienne des petits esprits bourgeois et satisfaits, des points de vue emboîtés les uns sur les autres à travers le prisme de l’art.
Non seulement le narrateur se tient dans son fauteuil, à la lisière de la « cène » qu’orchestre la coterie des Auersberger, à cour et à jardin, se levant parfois et commentant le vide et le regret de son attitude pusillanime et lâche, mais le metteur en scène lui-même est placé sur l’une des coursives dans les hauteurs de la salle, et commente à son tour la situation burlesque et comique du dîner mondain, ses paroles et ses ritournelles chevauchant celles mêmes de son personnage principal.
La mise en valeur de cette exhibition artistique et impudique, ridicule et obscène au sens fort, gagne d’autant plus en acuité et en profondeur. Les acteurs sont tout bonnement excellents, à la fois libres et eux-mêmes, patients et virulents, emportés et éteints. Qu’ils apparaissent sur le film en noir et blanc de l’enterrement de leur amie ou qu’ils s’affaissent sur le plateau dans un fauteuil ou s’en relèvent brutalement, ils suivent le manège d’une scénographie qui tourne sur elle. Lupa propose encore une fois de la matière scénique irréprochable, contre tous les Auersberger du monde, prétendus possesseurs d’un bien qui leur échappe.

Véronique Hotte

Festival d’Avignon, La Fabrica, les 4, 5, 6, 7 et 8 juillet

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s