Bestias – Baro d’Evel Cirk Cie

Crédit photo : Arthur Bramao
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Bestias – Baro d’Evel Cirk Cie, conception et direction Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias avec les artistes Lali Ayguade, Noémie Bouissou, Camille Decourtye, Blaï Mateu Trias, Taïs Mateu Decourtye, Julian Sicard, Piero Steiner, Marti Soler Gimbernat et leurs chevaux, corbeau-pie et perruches

Pour la compagnie franco-catalane Baro d’Evel, le rêve pur d’un chapiteau fantasmagorique peuplé d’animaux s’est réalisé avec Le Sort du dedans, un précédent spectacle. À cette belle invective de rêveur, répond aujourd’hui encore une nouvelle création, Bestias, selon un même principe scénographique qui offre au spectateur de passer d’abord par un espace vivant, un parcours en forme de labyrinthe et de colimaçon qui englobe aussi la tente à côté du chapiteau. Sur les murs labyrinthiques de toile blanche, sont dessinés des motifs d’art rupestre, des traces de cavernes revisitées par notre modernité à travers des figures de danse ou de chasse, des silhouettes de bisons ou de chevaux, soit l’œuvre illustrative et naïve du graphiste Bonnefrite, habilleur inspiré de cette toile figurative. Grâce au jeu de contre-lumières, l’arpenteur-spectateur de cet espace singulier observe encore sur les murs labyrinthiques de toile, un théâtre d’ombres, un cheval de manège qui trotte en toute élégance et à contre-courant, s’amusant du jeu alternatif des pistes – extérieure et intérieure. Mais après la contemplation des dessins sur les parois, vient le temps du spectacle bien vivant qu’inaugurent les passages vifs et répétés d’oiseaux aux cris stridents, aussitôt apparus que disparus, des perruches et un oiseau-pie, une population volatile minimaliste du plus bel effet poétique avant que ne surgissent magistralement les chevaux tranquilles. Huit interprètes, sept adultes et une petite fille, deux chevaux et des oiseaux, envahissent la piste. Ils se suivent distinctement – solo, duo, trio, quartet, ou tous ensemble. Le chœur des artistes est vêtu des costumes un brin romantiques de Céline Sathal, des tissus de lin couleur blanc cassé, des formes larges et fluides de toute élégance, jusqu’aux shorts et aux chaussures choisis. Les coiffures sont charmantes, longues chevelures au vent ou chignon bohème pour les femmes, boucles désordonnées pour les hommes. Pour ce qui est du vif du spectacle, les prestations des interprètes – cabrioles et pirouettes acrobatiques – sont inattendues à chaque fois, imprévisibles et éblouissantes de virtuosité. Jeux de duos masculins, danse lente et harmonieuse, chorégraphie en retenue, puis ruptures, heurts et chutes, avant que l’un et l’autre des comédiens ne se relèvent dans la souplesse, avant de retomber encore et à nouveau, en cadence. La voltigeuse Camille Decourtye parle au cheval et mime certains mouvements que l’animal mime à sa façon, une manière désinvolte et sûre de s’entretenir. Quand elle chante, la voix merveilleuse de l’artiste fait se dresser les oreilles du cheval. La danseuse Lali Ayguade, gracieuse et inventive, pirouette dans les airs, à l’infini, portée par ses camarades solidaires. La contorsionniste Noémie Bouissou abandonne sa cage initiale de conte de fée, à la recherche d’un volatile qui rechigne à l’enfermement, pour monter sur un mât chinois que porte avec générosité son partenaire masculin. Les perruches ont enfin trouvé nid et repos sur la tête et le chignon de la belle, tandis qu’elle se désarticule avec détachement, telle une poupée. Quant à l’acrobate musicien Blaï Mateu Trias, il fait un état facétieux des lieux, commentant l’esprit du spectacle, imitant les oiseaux mais représentant également les tressaillements du cheval. Têtes d’oiseaux masquées portées par de jolies cavalières, les images oniriques se succèdent dans l’imaginaire du spectateur, jusqu’à la recomposition d’une scène de L’Odyssée, où l’on voit une acrobate, réminiscence d’Ulysse, se cacher au milieu d’un troupeau de moutons, se tenant au flanc d’une de ces bêtes, les interprètes mêmes avec meule de foin. L’amusement poétique est à son comble – musique de percussions, instruments arrangés et chorégraphie – et l’enchantement profond.

Véronique Hotte

La Villette – Espace chapiteaux, du 29 juin au 25 juillet. Tél : 01 40 03 75 75
– Pronomade(s) – Mancioux (31) – les 9 et 10 octobre 2015
– Festival CIRCa à Auch, du 18 au 22 octobre 2015
– Festival de Neerpelt (Be), les 31 octobre, 1er et 2 novembre 2015

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