Une Femme chaste, un spectacle de Zeng Jingping du Théâtre Liyuan – Festival Le Standard Idéal – 10 é Édition Programmation Hors Les Murs de la MC93

Une femme chaste, un spectacle de Zeng Jingping – Théâtre Liyuan ( spectacle en chinois surtitré)
Festival Le Standard Idéal – 10 é édition
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Le rôle d’Une Femme chaste est tenu par Zeng Jinping qui, avec Lu Ang, assure la mise en scène de la pièce. La troupe de Liyuan de Quanzhou, née en 1953, est importante en Chine et en Asie du Sud-Est. Le théâtre Liyuan est un théâtre local parlé en hokkien, au Fujian, à Taïwan, en Asie du Sud-Est, un genre théâtral chinois de huit cents ans d’histoire.
Wang Renjié, librettiste de La Veuve et le Lettré, est l’auteur d’Une femme chaste, une version tragique de la première, soit « un regard cru et dramatique sur le sort des femmes à travers la morale confucianiste et la répression du désir ».
Une jeune et jolie veuve qui vit en recluse avec son fils âgé de dix ans, s’inquiète du départ projeté du précepteur de son enfant, éprouvant pour l’étudiant un désir inavoué. Contre toute réserve, la souffrante d’amour enjoint ce dernier, peu fortuné, à recevoir l’argent qui l’aidera sur la route de ses examens dans la grande ville.
Voilà un aveu déguisé d’amour impudique aux pensées charnelles immodestes.
Or, le monde appartient aux vicieux, c’est bien connu, et non aux chastetés torturées. Le lettré ambitieux souhaite avant tout accéder au mandarinat : il sauvegarde égoïstement, malgré ses propres sentiments, la prétendue vertu.
Penser la femme, c’est penser l’Autre, comme menace, objet de désir et de remord, la dévalorisation féminine allant de pair avec son étrangeté et sa dangerosité. Dans la tradition japonaise, la femme est « à l’instar des objets de laque à la poudre d’or ou de nacre, pour un être inséparable de l’obscurité… de là ces longues manches, ces longues traînes qui voilaient d’ombre les mains et les pieds.» (Tanizaki)
Les costumes soyeux et colorés du théâtre traditionnel chinois Liyuan sont des pièces de tissus merveilleuses, aux coupes géométriques pures, et quand la veuve, dix ans plus tard, invitée par l’empereur, se présente à sa vue, refusant vainement les stèles que le dignitaire veut élever à sa vertu glorieuse, elle est vêtue de noir, mais toujours élégante. La prestance des acteurs, comme dansée, est immense.
Le jeu du Liyuan, transmis de génération en génération, s’appuie sur dix-huit mouvements de base ; sa gestuelle du rôle féminin est renommée, et pour bon nombre d’entre eux, ces gestes sont copiés des dessins des grottes de Donghuang.
Le spectateur occidental ne peut être que subjugué par la grâce de cette grammaire gestuelle, des mouvements qui expriment les profondeurs de l’âme, un envoûtement.
De même, les scènes populaires des valets et servantes, soulignent un humour facétieux et tonique, pétillant de vie et d’élan, à la façon décalée d’un Shakespeare, bien plus récent dans le temps mais à la dramaturgie étrangement similaire.
Et si le lettré n’a pas répondu aux aspirations amoureuses de la veuve, l’empereur, dix ans plus tard – temps d’une chasteté imposée et vérifiée – refusera encore le désir de la dame à ce qu’on ne statufie ni ne célèbre cette continence douloureuse.
Ainsi, comme l’écrit Lord Byron, « l’homme, souvent injuste envers l’homme, est toujours injuste envers les femmes ; elles vont toujours vers le même esclavage, la trahison est tout ce qu’elles peuvent espérer. (…) Un mari désagréable, puis un amour infidèle, puis la toilette, les enfants à soigner, la prière et c’en est fait. »
À ce constat amer contre lequel on se doit de combattre sans se lasser, répond en contrepoint la beauté rare et éloquente d’un spectacle vivant dont la musique enchante le public – flûte droite, luth piriforme du sud, er xian, san xian et tambour.
Un voyage esthétique dans le temps, l’espace et les profondeurs abyssales de l’être.

Véronique Hotte

Théâtre du Soleil, Cartoucherie, 75012 Paris. Le Standard Idéal – Une Femme chaste, les 26 et 30 juin, le 1er juillet à 19h30, le 28 juin et le 5 juillet à 15h –
La Grande Mélancolie, les 27 juin, 3 et 4 juillet à 19h30. WWW.MC93.COM

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