Trahisons – Harold Pinter – tg STAN

Crédit photo : Paul de Malsche du spectacle Trahisons
Trahisons_tg STAN_Image de repre¦üsentation -® Paul De Malsche 3
Trahisons (Betrayal), textes de Harold Pinter, version française Éric Kahane, de et avec Jolente de Keersmaeker, Robby Cleiren, Franck Vercruyssen du tg STAN

Pour ces Trahisons (Betrayal), Harold Pinter propose une structure dramatique peu habituelle : neuf scènes sont distribuées à contre temps ou à rebours, à partir de la fin d’une intrigue jusqu’au tout début de cette liaison, avec mari, femme et amant, un trio infernal du roman et des romances à tout-va, qui font des êtres amoureux des âmes perdues.
C’est pour le spectateur le prétexte amusant d’observer au fil du temps un triangle amoureux classique, la naissance et la prééminence d’une passion qui emporte tout, la trahison sentimentale des nouveaux amants pour leurs amours passées, de l’époux pour l’une, et de l’époux pour l’autre. Sauf qu’en remontant ainsi les aiguilles d’une montre, et tout en sachant les échéances historiques de ce scénario mortifère à terme – mais n’est-ce pas la vie-même -, chacun retrouvera sa chacune. Toujours est-il encore qu’il aura fallu que la jeune femme trompe sciemment son mari avec le meilleur ami de ce dernier, des personnes qui évoluent dans un univers littéraire de bobos satisfaits, auteurs, éditeurs, médecins. Pinter donne à voir en entomologiste de l’âme, les mécanismes de la fidélité, de la duplicité et de cette propension à s’aveugler et à se tromper soi-même. Il jette sur le plateau de théâtre des personnages s’enferrant dans les circonstances intenables d’une passion dévorante, « aux prises avec la médiocrité inéluctable de leur vie, désireux de mener une existence d’envergure dans un monde trop étriqué ». L’écriture économe et laconique de Pinter, impitoyable et crue, exalte l’amour, tout en le moquant. Ce prosaïsme des relations qui accède à la poésie, ce regard distancié et consentant porté sur la vie qui passe, est fait pour plaire au tg STAN dont Jolente De Keersmaeker, Robby Cleiren et Frank Vercruyssen sont les maîtres d’œuvres. Pour reculer, depuis l’actualité du présent jusqu’à un temps passé qui n’en est pas moins vivant, il suffit de retirer de l’intérieur de l’appartement privé, des livres anciens accumulés à cour pour les rapporter à jardin – une façon significative et physique de remonter le cours de l’existence – car les jours ne font qu’accumuler des ouvrages dont on s’encombre. Robby Cleiren et Frank Vercruyssen sont tout bonnement merveilleux de justesse et de lâcheté virile, des hommes absolument complices et rivaux, à la fois sincères et menteurs, tellement ironiques dans l’évocation de leur réalité affective pleine de sous-entendus et de non-dits dont ils ne sont jamais dupes. Jolente De Keersmaeker irradie la scène à elle seule, changeant de tenue comme de gants, légère, subtile et plaisamment distante, récupérant en son cœur le challenge – trophée symbolique – de ces deux amants naïfs qui croyaient la berner.
Un art du théâtre subtil et efficace sous les musiques pop des seventies.

Véronique Hotte

Théâtre de la Bastille, du 15 juin au 5 juillet, relâches les 20, 21, 27, 28 et 29 juin. Tél : 01 43 57 42 14

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