Clôture de l’amour, de Pascal Rambert

Crédit photo : Marc Domage
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Clôture de l’amour, texte (Les Solitaires Intempestifs), conception et réalisation de Pascal Rambert

« Car ceux qui sont amoureux croient avoir un plaisir désintéressé à voir les gens qui connaissent l’amour, à parler de l’amour. Mais c’est dans l’espoir d’y retrouver leur amour à eux … », écrit Proust. De même, l’auteur, metteur en scène et comédien Pascal Rambert pose, à travers Clôture de l’amour, les jalons d’une écriture visant la quête passionnelle destinée au public qui peut s’y reconnaître, forcément ou… pas. Tanguy Viel évoque aussi ces deux amants qui closent leur relation « en deux monologues qui vont au bout de leur pensée, deux longues phrases qui ne sauraient s’interrompre, manière de solder les vieux comptes et marquer dans une langue poussée à bloc le territoire des corps… »
Violent, furieux, déterminé, extrêmement remonté et à bout de souffle, Stanislas Nordey, comédien talentueux éprouvé physiquement par les si beaux rôles qu’il a endossés cette saison au théâtre, entre Hinkeman et Affabulazione, joue Stan ; il est l’attaquant, l’agresseur et l’assaillant face à sa partenaire Audrey – Audrey Bonnet – réduite d’abord à recevoir, en victime désignée, doléances, récriminations et reproches en vrac :
« Je n’ai plus de désir pour toi je ne peux pas le dire autrement je te regarde et je n’ai plus de désir… j’en sors l’amour est une secte soudain le monde s’ouvre et ce soudain c’est aujourd’hui ».
Or, l’accusée prend la parole à son tour et se rebelle, vive et solide :
« À partir de maintenant je t’interdis de dire un mot sur mon travail… maintenant tout est dehors tu as tout déballé tout est à vue mon intériorité elle te saute au visage elle va te sauter au visage à la gorge dépecer ton extérieur flamboyant… »
Les joutes de ce concours argumentaire passent par l’évocation des étapes obligées de la vie à deux, l’amour physique, le repli consenti, le rêve de bonheur, le confort d’une « fiction », la construction d’une famille pourtant, les enfants qui naissent, avec l’occurrence symbolique du mot « ensemble », en guise de victoire féminine arrachée, un terme en échange haï et honni à présent par l’époux, le compagnon, le père.
Les références du discours sont également artistiques. Stan s’appuie sur le commentaire passé que le couple portait sur Les Hasards heureux de l’escarpolette de Fragonard à la Wallace Collection de Londres, tandis que Audrey se réfère plutôt aux Baigneuses du même peintre au Louvre. Ce tableau-ci accompagnait leur vie, des présences féminines avec « une longe invisible quelque chose qui les relie toutes qui tourne dans le tableau parmi les fleurs les bocages et le bain…c’était cela notre vie un regard commun…un moteur…la joie de vivre… »
Le plus difficile n’est pas de rompre avec la réalité, mais avec le souvenir, le parcours et le partage spatio-temporels avec l’autre : « Le cœur se brise à la séparation des songes, tant il y a peu de réalité dans l’homme », écrit Chateaubriand. Selon certains, la cause de la haine des anciens amants puise dans leur amour même duquel ils craignent la perte du moi : rompre ses liens afin de constater qu’on n’est pas l’autre.
La dispute est poignante, la querelle captivante, et les deux acteurs excellents, dont la superbe insolente et fière de celle qui est éconduite.

Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord, du 17 au 20 juin, 21h, avec Pascal Rambert. De mes propres mains de Pascal Rambert avec Arthur Nauzyciel, les 16, 17 et 18 juin à 19h. Libido Sciendi de Pascal Rambert, avec Nina Santes et Kévin Jean, les 19 et 20 juin à 19h

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