La Maison de Bernarda Alba, de Federico Garcia Lorca, traduction de Fabrice Melquiot, mise en scène de Lilo Baur

Crédit Photo : Brigitte Enguérand, coll. Comédie-Française

La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca - Mise en scene :  Lilo Baur  avec :   - Claude Mathieu (la Servante)  - Veronique Vella (Angustias)  - Cecile Brune (Bernarda)  - Sylvia Berge (Prudencia)  - Florence Viala (Maria Josefa)  - Coraly Zahonero (Magdalena)  - Elsa Lepoivre (Poncia)  - Adeline D'Hermy (Adela)  - Jennifer Decker (Martirio)  - Elliot Jenicot (Pepe le Romano)  - Claire De La Rue Du Can (Amelia) - Scenographie :  Andrew D Edward - Costumes : Agnes Falque - Lumieres : Fabrice Kebour - Comedie-Francaise - Salle Richelieu - mai 2014  - © Brigitte Enguerand

La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca – Mise en scene : Lilo Baur
avec :
– Claude Mathieu (la Servante)
– Veronique Vella (Angustias)
– Cecile Brune (Bernarda)
– Sylvia Berge (Prudencia)
– Florence Viala (Maria Josefa)
– Coraly Zahonero (Magdalena)
– Elsa Lepoivre (Poncia)
– Adeline D’Hermy (Adela)
– Jennifer Decker (Martirio)
– Elliot Jenicot (Pepe le Romano)
– Claire De La Rue Du Can (Amelia)
– Scenographie : Andrew D Edward – Costumes : Agnes Falque – Lumieres : Fabrice Kebour – Comedie-Francaise – Salle Richelieu – mai 2014
– © Brigitte Enguerand


La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca, traduction de Fabrice Melquiot (Éditions de L’Arche), mise en scène de Lilo Baur

Poète, dramaturge, homme de théâtre, Federico Garcia Lorca prône une culture engagée, proche des espoirs contemporains de son peuple et de son pays.
Fils de la bourgeoisie aisée andalouse, jouant à la fois de l’avant-garde artistique internationale et des traditions nationales, il reste toujours près « de ceux qui n’ont rien et à qui on dénie jusqu’à la tranquillité du néant ».
Le théâtre et la poésie de Lorca s’inscrivent dans le « réel » historique et social de sa terre natale de Grenade, un réalisme poétique ouvert à l’universalité des conditions.
Pièce ultime, La Maison de Bernarda Alba date de 1936, l’année de la mort de l’auteur, fusillé par les franquistes au début de la guerre civile.
À la mort de son second mari, Bernarda impose à sa famille un deuil de huit ans et l’isolement à ses filles, comme le veut la tradition en ces années 1930.
Soucieuse des conventions et du « qu’en dira-t-on », la maîtresse de maison « définit pour ses cinq filles, âgées de 20 à 39 ans, une existence confinée où la femme est bafouée, coupée du monde et des hommes ».
La plus âgée, héritière, va épouser Pepe le Romano que toutes convoitent mais dont la dernière née est la seule aimée.
Les femmes se soumettent à l’inhumanité de cette cause mensongère de sauvegarde féminine, depuis la marâtre Bernarda,( Cécile Brune à l’autorité masculine rude) à l’exception de la grand-mère dont la folie est vérité, et jusqu’aux cinq filles, à l’exception encore de la benjamine.
Même les vieilles servantes, qui ont vu la succession du temps et des désirs défiler, dressent un portrait maléfique de l’homme. L’une parle ainsi de son mari : « Sa seule lubie, c’était les canaris. Il en a élevé jusqu’à sa mort. Vous autres célibataires, vous devez savoir que de toutes les manières, un homme après quinze jours de mariage quitte son lit pour la table, puis la table pour le café du coin. Et si vous ne vous y faites pas, vous n’avez plus qu’à moisir dans vos larmes… Un jour, je ne sais plus ce qu’il avait dit, mais j’ai écrabouillé tous ses canaris à coups de pilon. »
Dans la mise en scène sombre de Lilo Baur qui fait avec panache et dérision sourde une danse macabre de La Maison de Bernarda, affleurent les colères rentrées, les frustrations, les désirs bafoués tandis que les jeunes femmes se dessèchent et se fanent avant l’âge, sans jamais connaître le sourire ni l’épanouissement.
Ornements, vitraux de cathédrales, rappels de chants grégoriens et de chants de travail, sculpture et architecture orientale et occidentale arabe, la scénographie de Andrew D Edwards installe le drame dans la nef d’une cathédrale aux vitraux couverts de dentelle de pierre.
Les travailleurs fuyants, silhouettes viriles chantantes de retour de moisson, passent sous le regard du public comme un théâtre d’ombres lointain, un rêve impossible.
À l’intérieur, le confinement au milieu des cintres de lingerie féminine, une robe de mariée que l’on apprête, des tables et des chaises que l’on rage pour les repas.
Or, quand il s’agit de jeunes femmes, la nature est la plus forte, qui diffuse ses parfums entêtants sans qu’on les demande, à l’époque des orages étouffants, des moissons estivales, des épis dorés et de la paille piquante qui colorent la terre.
Le temps voue inexorablement l’être à la disparition et à l’oubli. Or, avant la mort, la vie est amour et projets. L’audace est bien de vivre avant de ne le plus pouvoir.
La sensible Adela (Adeline d’Hermy) commente le pouvoir naturel et corporel :
« L’étalon était au milieu de la cour. D’un blanc ! Il prenait toute l’obscurité, comme s’il était deux fois plus grand qu’elle ! … Il y a au ciel des étoiles qui sont comme des poings… Moi, j’aime voir partir en flammes ces choses qui sont restées immobiles pendant des années… Quelle nuit magnifique ! J’aimerais veiller très tard pour goûter la fraîcheur de la campagne. »
Le corps est à la fête, lors de la danse qu’Adela esquisse dans sa robe verte, sa robe d’anniversaire, et dont les pas oniriques poursuivent des plumes printanières.
Avec Pepe le Romano, l’amoureuse forme un duo d’envol et d’amour chorégraphié.
C’est la seule qui ose exister pleinement, bravant les raideurs et les empêchements, contre un monde d’enfermement et de réclusion, d’ombre et de nuit, de portes fermées, d’hypocrisie, de brutalité maternelle et de jalousie sororale.
Pour la liberté, contre la privation d’autonomie infligée aux femmes dans le monde.
Contre les étouffements culturels, sociaux, religieux et les injustices, s’impose ce beau mouvement d’engagement esthétique, de critique sociale et d’attitude politique.
Une leçon de vie sur le drame de l’existence qui sépare les êtres au lieu de les unir.

Véronique Hotte

Salle Richelieu, Comédie- Française, du 23 mai au 25 juillet

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