Les Lessiveuses – opéra contemporain – Thierry Machuel, Yamina Zoutat, Christian Gangneron, Pierre Roullier

Crédit Photo : Anonyme Cie
lessiveuses

Les Lessiveuses, opéra de Thierry Machuel, livret Yamina Zoutat, mise en scène Christian Gangneron

Imaginons un magasin façon Au Bonheur des dames : des rangées d’étagères pour le linge blanc, le linge de couleur, le linge de maison pour la literie, la toilette, la table, la cuisine. Linge et services de table.
C’est bien à l’opposé de cette image policée de convention que se tiennent Les Lessiveuses, spectacle dont le livret de l’opéra de Thierry Machuel revient à Yamina Zoutat, un monde néfaste qui aurait plutôt à voir avec la buanderie et l’arrière-salle des belles armoires normandes.
Il s’agit bien de linge sale, de sacs en vrac pleins de vêtements à laver, à essorer, à sécher et à étendre avec des pinces sur une corde ; des pièces de vêtements, caleçons, slips, maillots de corps, à repasser avant de les plier et de les ranger encore, sinon à raccommoder ou à repriser.
Enfin, changer et renouveler le linge, les vêtements de dessous, c’est la question-clé des mères confrontées à la détention de leur fils en prison.
La création des Lessiveuses est une commande du ministère de la Culture au compositeur et pianiste Thierry Machuel, initiateur de l’ensemble instrumental et vocal « Territoires du souffle », dont le travail explore l’art choral et les textes contemporains. Le musicien, versé aussi dans les textes de témoignages, les écrits de Résistants ou de détenus, reste à l’écoute du travail de Yamina Zoutat, chroniqueuse judiciaire, auteure du film documentaire Les Lessiveuses.
Sa version pour le théâtre lyrique, sous la direction musicale de Pierre Roullier, est mise en scène par Christian Gangneron soit l’aventure audacieuse d’une rencontre entre deux folies : la mère et la prison.
Ce territoire scénique balisé recèle les qualités à la fois d’un quotidien sordide et d’un rêve personnel, entre passions et énigmes existentielles, entre espoir lancinant de sortie et sentiment d’oppression et de privation.
Les mères se font la chambre d’écho sonore et symbolique des attentes et désirs de leurs enfants sanctionnés, brimés, empêchés et enfermés.
La proposition est subtile, à voir et entendre la qualité des interprètes musicaux – instruments et voix -, Claudine Le Coz et Muriel Ferraro, Pierre-Stéphane Meugé, Pierre Cussac, Stéphane Puc et le talent scénique de la comédienne Coco Felgeirolles qui sait aussi chanter.
Dans la scénographie élaborée d’Édouard Sautai, des panneaux de voile léger et transparent s’ouvrent et se ferment, à la façon des ailes de papillon, les supports écrans des images vidéo de Yamina Zoutat.
Les trois femmes se tiennent avec modestie et dignité sur le plateau, un grand sac de linge à leur côté, unique bouée de survie, don modeste.
Ces femmes ne rêvent guère et se parlent peu, attendant leurs dizaines de minutes hebdomadaires passées au parloir avec leur fils emprisonné.
Comme toutes les mères, elles vivent sans le savoir un courage sacrificiel – un amour gratuit non payé forcément de retour.
Et même si l’excès sentimental provoque l’ironie, ces effusions de la mère souffrante – La Mater dolorosa – suscitent toujours la vénération.
Dans la musique de ce bel opéra contemporain, les trois grâces intériorisent avec force le châtiment filial, tentant d’entrevoir la lumière.
Elles sont ad vitam aeternam ce rayon de soleil qui se lève chaque jour.

Véronique Hotte

Maison des Métallos, les 23 et 24 mai

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