Les Optimistes par le Théâtre Majâz, texte de Lauren Houda Hussein et Ido Shaked, en complicité avec l’équipe

Les Optimistes par le Théâtre Majâz, texte de Laurent Houda Hussein et Ido Shaked en complicité avec l’équipe, mise en scène Ido Shaked
photo optimistes
Le Théâtre Majâz a été créé en 2009 par Ido Shaked et Lauren Houda Hussein, un collectif dont la vocation est de se réapproprier la mémoire populaire pour la transformer en réalité imaginaire dans l’espace théâtral, et ainsi éclairer le présent.
Ils se sont emparés des archives révélant leurs passés alternés, artistes d’un théâtre militant au langage scénique singulier, un mixed esthétique pour ces interprètes venus d’Israël, de Palestine, de France, du Liban, d’Espagne, d’Iran ou du Maroc.
Après Croisades de Michel Azama, Ido Shaked et Laurent Houda Hussein ont décidé de créer Les Optimistes. L’enquête menée par les comédiens détectives a commencé en Europe, à travers les camps d’extermination, puis a continué dans un Proche-Orient prometteur, en Israël, en Palestine, au Liban et au Maghreb.
Films, témoignages, travaux d’historiens ont aidé à brosser ce tableau de la Palestine et d’Israël mythiques, et de ce qu’ils sont devenus aujourd’hui.
Sont posées les questions de la mémoire, des cheminements de l’exil et du retour, des problèmes de la transmission révélée ou bien tue à la génération suivante.
L’illusion peut-elle concurrencer la réalité ?
Samuel, avocat trentenaire, est envoyé en Israël après la mort de son grand-père afin de vendre la maison de celui-ci. Il devient le récepteur de la recherche identitaire grand-parentale. L’histoire de son ancêtre, réfugié de la Seconde Guerre mondiale, commence par son exil vers la Terre Promise : son peuple retrouve un foyer tandis que l’autre est forcé à l’exil. `
Les grands-parents de Samuel reçoivent à Tel-Aviv, une maison à Jaffa, ville palestinienne vidée de ses habitants, expulsés en 1948, pour les camps de réfugiés du Liban, de la Jordanie ou autres villes palestiniennes, ou Gaza.
Pour les grands-parents de l’avocat français, le passé de leur maison n’existe pas, pionniers d’un « peuple sans terre arrivant sur une terre sans peuple », un des mythes fondateurs du sionisme.
Le grand-père apprend l’hébreu, devenu ou s’étant découvert israélien à présent.
Mais une lettre lui signifie que la maison appartient à des propriétaires en exil : l’usurpateur malgré lui fait amende honorable et prend le parti des exclus.
Il se lance avec ses camarades palestiniens et un prêtre chrétien, dans une correspondance surréaliste qui ment aux réfugiés du camp libanais en leur proposant des images d’une Palestine heureuse, soit l’action d’un groupe de résistants de l’imaginaire : « confrontés à une société passée maître dans l’art de l’oubli, ils fabriquent ce pays de toute pièce et finissent par croire qu’il peut exister vraiment ».
Ce petit groupe scénique – actif et résistant – trouve une maturité collégiale :
« Je sais maintenant à quel peuple j’appartiens. J’appartiens au peuple des réfugiés. Nous n’avons pas de langue, pas de religion, pas de couleur. Nous sommes le peuple des lettres, des photos, des films. Nous portons notre maison sur le dos. »
Un habitacle posé comme un chapiteau sans toile, des étages poussiéreux de cartons d’archives, le plein d’un désordre accumulé auquel succède un vide intérieur, propice au retour sur soi, à la réflexion et à l’action clandestine qu’articulent des habitants aux langues diverses – arabe, hébreu, français, anglais.
La vie vivante se tient là, dans un jeu de théâtre appuyé mais distant, clownesque mas pas trop, une façon orientale de chanter et de danser les phrases et les gestes, une volonté fière d’en finir avec l’ignorance, l’oubli, l’absence de curiosité et d’ouverture. Mettant la main à la pâte, les comédiens entrent dans le vif du sujet.

Véronique Hotte

Théâtre Gérard Philippe – Centre dramatique national de Saint-Denis, du 20 au 31 mai. Tél : 01 48 13 70 00

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