Dogugaeshi – conception et mise en scène de Basil Twist –

Crédit Photo : Richard Termine
Dogugaeshi©Richard Termine
Dogugaeshi, écriture et mise en scène Basil Twist, création musicale et interprétation en direct Yumiko Tanaka –
Spectacle programmé dans le cadre de la 8e Biennale internationale des Arts de la Marionnette

Le Dogugaeshi est une technique japonaise ancienne qui repose sur l’art magnifique et délicat de l’ouverture et de la fermeture des portes, faisant glisser et coulisser dans le silence ou le claquement sec, des éléments qui s’entrechoquent – lenteur ou fulgurance -, une succession de panneaux décorés de taille variable, grands puis de plus en plus petits, sur un système artisanal de rails, installé par les côtés ou les hauteurs du castelet.
Les interprètes marionnettistes – Kate Brehm, David Ojala, Jessica Scott et Basil Twist -, sur la brèche, ne savent où donner de la tête mais on ne les voit pas :
ils manipulent dans les coulisses ces pans de tissus de soie ou de papiers peints.
Dans le spectacle Dogugaeshi que met en scène le marionnettiste américain Basil Twist, formé entre autres par l’École des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières, le castelet scénographique figure l’intérieur d’une maison traditionnelle japonaise, un palais cossu sur les murs et le plafond duquel sont dessinés des figures géométriques colorées et soignées, horizontales et verticales – carrés, rectangles, triangles et spirales ou bien damiers et fleurs rouges, jaunes et bleus.
La rencontre est belle avec l’art savant de jouer des perspectives ; une impression d’infini, de sensation vertigineuse, d’ivresse spatiale, de retombée dans le cosmos.
Le spectacle donne à voir, théâtre dans le théâtre ou mise en abyme, la vidéo en noir et blanc, rapportée de l’île japonaise d’Awaji du sud du Japon, d’où est issue la technique du Dogugaeshi, cette danse mystérieuse de portes magiques, des objets inanimés abstraits et relevant pourtant d’une esthétique traditionnelle bien ancrée.
Cette technique – dans les contes des histoires de princesses et de samouraïs -, tombée dans l’oubli, plaisait au public populaire qui pénétrait alors dans les palais.
En guise de personnage scénique figuratif, une marionnette, peluche-gardien de ce trésor muséal enfoui, un renard blanc à neuf queues et mâchoire aiguisée, réputé vantard, qui tourne et tourneboule, se cache puis réapparaît entre les panneaux.
Le public est comme ensorcelé, captif d’un voyage auquel il ne s’attendait pas, happé par l’égrainement de profondeurs infinies – un défilé d’images sans fin qui donne l’illusion du lointain. Des images autres – théâtre d’ombres – laissent entrevoir des paysans qui grimpent péniblement aux sommets des montagnes, portant sur leur dos des charges trop lourdes – un théâtre de tréteaux peut-être- ; ou bien, ils voguent sur leur barque marine dans la nuit bleue, protégés par la lune. On entrevoit sur la digue d’un port le rassemblement bruyant d’ouvriers ou bien de pêcheurs.
Le Mont Fuji apparaît, et les monts enneigés japonais à la Hokusai.
Or, dans la nuit urbaine cette fois-ci, se dessinent des buildings, des gratte-ciels qui produisent d’autres sons et d’autres bruits, significatifs de la grande ville moderne.
Puis, reviennent les tigres et les dragons, fauves, félins et lapins, entre deux secousses de tsunami grondeur, qui sourdent et abîment les panneaux mythiques.
Un enchantement, un rêve teinté de cauchemars et de peurs enfantines.
Pour accompagner le spectacle, la virtuose Yumiko Tanaka – compositrice et interprète – joue du shamisen, l’instrument traditionnel japonais de la marionnette, une guitare à trois cordes. Elle joue également du koto à la mélodie plus lyrique ; elle manipule ses instruments en créant des sonorités et des bruitages étranges, entre musique traditionnelle et musique contemporaine.
Un spectacle sur les traditions qui se fait étrangement évocateur de notre présent.

Véronique Hotte

Le Mouffetard – théâtre des arts de la marionnette – 8é Biennale internationale des Arts de la Marionnette, du 14 au 28 mai 2015.
Un événement co-organisé par Le Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette, la Ville de Pantin et la Maison des métallos.

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