Le Théâtre des idées – Antoine Vitez

Le théâtre des idées – Antoine Vitez – Anthologie proposée par Danièle Sallenave et Georges Banu, collection Pratique du Théâtre, NRF, Gallimard
product_9782070148585_195x320
Georges Banu évoque Le théâtre des idées, conçu avec Daniel Sallenave, comme un geste éditorial accompli, il y a vingt-cinq ans, dans l’urgence de la disparition brutale d’Antoine Vitez. Les deux amis du metteur en scène recueillirent alors les textes essentiels de ce dernier – notes, journaux, entretiens – afin, selon leurs souhaits, « de condenser sa pensée, de la préserver dans son intensité, de lui donner sa chance de se constituer en référence pour les gens de théâtre à venir ».
Le théâtre des idées est réédité à présent dans la collection « Pratique du théâtre », inscrivant Vitez dans la lignée de la scène française après Copeau, Jouvet, Vilar.
Sa présence sur la scène artistique et politique de l’époque est éloquente :
« Ses textes prouvent l’attrait double du monde et du théâtre : il voulait vivre, jouer, écrire, intervenir partout, inlassablement. L’écrit le consolait de l’éphémère. »
Cette vocation scénique est double, esthétique et engagement, mémoire et actualité.
Engagement civique, interventions et prises de position caractérisent Vitez :
« Tout le concernait… La Roumanie de Ceaucescu, l’Afghanistan envahi par les troupes russes – motif de son retrait du Parti communiste-, la Grèce des colonels sans parler de la Russie ancienne et actuelle. » Le metteur en scène et poète a recherché « l’hybridation du théâtre d’art et du théâtre politique », une alliance rare.
Cette alliance s’ajoute aussi à celle des contraires, le Grand et le Petit, un rappel du complexe du Faust de Goethe que Vitez n’a cessé de revisiter car il souhaitait non seulement dresser des cathédrales – ainsi, le Soulier de satin claudélien – mais sauvegarder en même temps la rapidité de l’exercice et la liberté du raccourci. Extrêmement contemporain avant l’heure et comme posé sur le-qui-vive de l’Histoire, attentif aux horizons et aux collaborations du monde entier, Vitez a toujours cultivé cette double passion de l’appartenance et de l’extension, de la France et de ces cultures qui le séduisaient : grecque, russe, allemande. D’où son plaisir de la traduction des langues, et de la traduction scénique des textes – la représentation de théâtre -, une « traduction généralisée » affectionnée par celui qui fut un et multiple.
Le bel ouvrage traduit en mémoire pour le théâtre se convertit désormais en histoire.
Antoine Vitez a également donné trois fois Électre de Sophocle, la troisième en 1986 – située dans la Grèce d’alors -, vingt ans après la représentation de Caen, quinze ans après celle de Nanterre : « Le poème, à tout moment, décrit des fragments de l’histoire à venir ; on reconnaît les usurpateurs, les tyrans assassinés, le retour des clandestins et leur émotion devant le pays retrouvé, la rage au cœur de l’homme qui rentre et découvre l’étendue des malheurs de la patrie dans le corps outragé d’une femme, sa sœur. » Électre est considérée comme la patrie et la sœur. Vitez se souvient de la mise en scène, donnée au théâtre romain de Timgad en 1966, dans une indépendance toute jeune. Le public a aussitôt reconnu dans Électre la nation humiliée pendant cent-vingt-cinq ans, soumise à l’usurpation coloniale, et ressuscitée, écrit Vitez dans la préface de la pièce (Éd. Actes Sud) : « Sophocle avait donc écrit aussi pour l‘Algérie, pour un peuple qu’il ne connaissait pas, et un temps qu’il ne pouvait imaginer. » Un souvenir exemplaire parmi d’autres, la pièce est livrée à l’avenir, en un théorème politique que l’artiste expose avec rigueur et éclat.

Véronique Hotte

Le théâtre des idées – Antoine Vitez – Anthologie proposée par Danièle Sallenave et Georges Banu, collection Pratique du Théâtre, NRF, Gallimard

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s