81 avenue Victor Hugo (pièce d’actualité N°3)

Crédit Photo : Willy Vainqueur
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81 avenue Victor Hugo, Pièce d’actualité n°3, écrit par Olivier Coulon-Jablonka, Barbara Métais-Chastanier et Camille Plagnet, mis en scène par Olivier Coulon-Jablonka

Marie-José Malis, directrice du CDN La Commune – Aubervilliers, donne la possibilité à certains artistes de traiter de « pièces d’actualité », un théâtre vivant et moderne qui passe par une attention particulière à ce qui fait la vie et les questions des êtres, en des temps bien difficiles et douloureux pour nombre d’entre eux :
« Je veux que ce soit la démonstration faite aux gens que le théâtre est lié à leur vie. Que soit aussi l’occasion d’une hospitalité particulière. Avec des débats sur des questions de société menés en concertation avec la population. »
Pour Olivier Coulon-Jablonka, Barbara Métais-Chastanier et Camille Plagnet, le prétexte à cette pièce d’actualité N°3, 81 avenue Victor Hugo, est un collectif d’immigrés qui, après avoir été expulsé de lieux sur Paris, a réquisitionné un espace vacant où se loger à Aubervilliers, un ancien pôle Emploi au 81, rue Victor Hugo.
Sur scène, se déploie l’histoire de huit d’entre eux, venus de Côte d’Ivoire et du Bangladesh, d’Abidjan, de Ouagadougou ou de Dhaka, passés par Moscou, la Lybie ou la Turquie avant la Grèce, certains ayant marché des centaines de kilomètres avant de trouver la correspondance à leur destination – «On a marché la nuit et le jour, sans stop. On s’arrête pas » -, d’autres ayant pris un bateau aléatoire pour Lampedusa. La parole est choisie, économe et efficace, sans atermoiement.
Chacun a son histoire mais la recherche est collectivement identique : trouver la bonne porte pour accéder à l’obtention de papiers qui permettent le travail et le logis.
La violence côtoie la solidarité, la ruse répond à l’injustice dans le désir de survivre.
Les questions nombreuses affluent, posées implicitement au public à l’écoute : Quelle place accordons-nous à l’étranger, nous qui sommes tenus à l’hospitalité ? Quelles sont les conditions de travail et d’existence pour celui que nous accueillons ?
Le philosophe René Schérer pense et expose l’idée d’une hospitalité inconditionnelle, ouverte à tous, étrangère aux lois, « l’idée d’une hospitalité universelle et absolue. » (Les Lettres françaises)
Dans la mise en scène d’Olivier Coulon-Jablonka, un coryphée immigré qui expose plus tard son histoire – déclame un extrait du Procès de Kafka : un homme de la campagne a passé toute sa vie devant la porte de la loi qu’il n’a jamais franchie, gardée par un gardien intraitable. Avant la mort du demandeur, le gardien met un terme à l’incompréhension : « Ici nul autre que toi ne pouvait pénétrer, car cette entrée n’était faite que pour toi. Maintenant, je m’en vais et je ferme la porte. »
Pour décor, un espace d’accueil standard, un rideau privé et une porte éclairée.
À chacun de se battre, de lutter et de résister face aux obstacles pour toucher au but.
Les interprètes qui ne jouent pas mais sont eux-mêmes, Adama Bamba, Moustapha Cissé, Ibrahim Diallo, Mamadou Diomandé, Inza Koné, Souleyman S., Méité Soualiho et Mohammed Zia, non seulement parlent en leur nom propre mais portent avec cœur et dignité la voix des sans-logis et des sans-papiers, « la voix des sans-voix » (Ibrahim).
Le théâtre est un lieu qu’ils ne fréquentent pas car il est investi par des Blancs, une réalité qui suscite pour eux, sans-papiers, la peur d’être repérés.
Grâce aux concepteurs du projet, ces hommes mettent à distance leur peur constante pour prendre délibérément la parole en public, se raconter en même temps que raconter les us et coutumes de notre pays à l’accueil réservé : « Je peux dire que j’ai eu vraiment un grand choc quand je suis arrivé…Rien. En quelque sorte, c’est comme si on te disait qu’on n’a pas besoin de toi en fait. Mais ils te l’ont dit. »
La lutte pour la dignité humaine, ces hommes la vivent tous les jours, et sacrifient tout pour elle – la famille, l’espace des origines et le temps présent qui passe.

Véronique Hotte

La Commune – CDN Aubervilliers, du 5 au 17 mai. Tél : 01 48 33 16 16
Du 6 au 15 octobre.

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