Lento, conception et interprétation Olli Vuorinen et Luis Sartori do Vale

Crédit Photo : Maria Sandell
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Lento, conception et interprétation Olli Vuorinen et Luis Sartori do Vale, Cie NUUA

Lento, conception et interprétation Olli Vuorinen et Luis Sartori do Vale, Cie NUUA

Sur le plateau, une forêt noire de ballons clairs gonflés à l’hélium – une multitude de ballons se tiennent à hauteur d’homme, retenus au sol par un fil doté d’un aimant, fil qui figure les fleurs avec leur longue tige végétale et fragile qui se ploie sous le vent – à travers laquelle deux hommes un peu ahuris se fraient agilement un chemin, usant de souplesse et de beaux réflexes acrobatiques. Olli Vuorinen, un grand finlandais, d’apparence nonchalante et dégingandée, jongle et manipule en artiste chevronné les objets et la vie qui se faufile ; il forme un duo d’enfer et de paradis avec son partenaire de scène brun, Luis Sartori do Vale, plasticien et acrobate brésilien.
Désireux tous deux de créer un lien fort avec le public, ils ont choisi de travailler avec ces objets familiers – les ballons d’enfance – spécifiques d’un univers ludique populaire, drôles d’objets qui les intéressent tant esthétiquement que physiquement.
Le jeu est d’importance pour ces grands enfants que sont les interprètes comme les spectateurs, reposant sur la fragilité et la maîtrise, le risque, l’échec et la réussite. Comment en découdre avec l’existence ? Ce qu’on croyait solide, tenu et retenu, échappe parfois, tandis que ce qu’on considérait comme fragile résiste étrangement.
On peut tout faire avec un ballon : jouer de la musique, comme défier les lois de la gravité, s’amuser avec l’apesanteur, tenter de s’envoler dans les hauteurs et finir par se laisser emporter par un souffle plus fort que soi. On peut aussi éprouver –déception – l’évanescence des choses quand le ballon éclate dans les mains. Rien n’est acquis, tout est à recommencer en donnant un souffle libre aux ballons.
Des scènes étranges s’invitent rêveusement à la contemplation du public, quand un couteau menaçant caresse longuement la surface lisse du ballon avant de le percer méchamment, ou quand le ballon résonne de manière très sonore et musicale.
La représentation offre un paysage d’étoffe volatile et légère, une matière poétique et onirique qui incline au voyage et à la pensée vagabonde par-delà la mémoire et les souvenirs, le passé et le présent, les projets d’avenir et les rêves récurrents.
Les interprètes courent sur le plateau, glissent, ondulent, tombent, rampent puis se relèvent pour sauter encore : ils symbolisent les elfes d’antan – petit peuple des contes enfantins – apparaissant ici et disparaissant là, insaisissables comme la vie qui va et s’enfuit, fulgurances d’apparence humaine qui vont de la lumière à la nuit.
Ils sont encore des marionnettistes nés, les inventeurs ludiques d’une expérience sensorielle singulière, privilégiant la douceur et l’écoute – de l’autre et de soi – à travers la perte programmée de toutes les tensions et entraves à la paix intérieure, militant sagement pour le poids léger d’une existence pleine et entière. Un plaisir.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité Internationale, du 24 avril au 7 mai. Spectacle tout public à partir de 6 ans

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